Ne construisez pas votre vie sur la motivation : lorsque l’enthousiasme disparaît, seules les vertus demeurent

Nous vivons à une époque fascinée par la motivation. On nous répète qu’il faut être motivés pour faire du sport, travailler, étudier, prier, changer nos habitudes, améliorer notre vie ou atteindre nos objectifs. Les réseaux sociaux regorgent de phrases inspirantes, de vidéos de développement personnel et de discours qui nous encouragent à « croire en nous-mêmes », à « poursuivre nos rêves » et à « ne jamais abandonner ».

Il y a certainement quelque chose de bon dans tout cela. L’être humain a besoin d’espérance, d’encouragement et de raisons qui donnent du sens à ses efforts. Mais il existe un danger lorsque nous faisons de la motivation le fondement de notre vie.

Car la motivation fluctue.

Elle monte et elle descend. Elle apparaît et disparaît. Certains jours, nous avons envie de prier ; d’autres jours, non. Certains matins, nous nous réveillons avec enthousiasme et énergie ; d’autres fois, nous n’avons envie de rien. Il y a des moments où nous sommes profondément touchés par une vérité de la foi et d’autres où cette même vérité nous semble lointaine et froide.

Construire toute sa vie sur la motivation, c’est donc construire sur quelque chose d’instable.

Et Notre Seigneur nous a précisément avertis du danger de construire sur le sable.

« Celui donc qui entend ces paroles que je viens de dire et les met en pratique sera comparable à un homme prudent qui a bâti sa maison sur le roc. […] Et celui qui entend ces paroles que je viens de dire et ne les met pas en pratique sera comparable à un homme insensé qui a bâti sa maison sur le sable. »

(Matthieu 7, 24-26)

La vie chrétienne ne peut pas dépendre uniquement de ce que nous ressentons. Elle doit être construite sur le roc : le Christ, sa grâce, sa vérité et les vertus qui nous disposent à accomplir durablement le bien.

1. La culture moderne de la motivation

Notre époque a fait de la motivation une sorte de religion séculière.

On entend constamment des expressions comme :

« Si tu le veux vraiment, tu peux y arriver. »

« Crois en toi. »

« Ne laisse personne t’arrêter. »

« Travaille lorsque tu es motivé. »

« Transforme ta vie. »

Ces messages peuvent parfois être utiles. Le problème commence lorsque nous croyons que le changement personnel dépend principalement de notre état émotionnel.

La motivation peut nous aider à commencer quelque chose.

Mais elle ne suffit généralement pas pour continuer.

Commencer est relativement facile lorsque nous sommes enthousiasmés. Le véritable changement apparaît lorsque l’enthousiasme disparaît et que nous continuons malgré tout à faire le bien.

C’est précisément ici qu’intervient la vertu.

La vertu ne nous demande pas constamment d’avoir envie de faire le bien.

Elle nous apprend à faire le bien même lorsque nous n’en avons pas envie.

Et cette distinction est fondamentale pour comprendre la vie chrétienne.

2. La motivation n’est pas mauvaise, mais elle est insuffisante

Il serait injuste de présenter la motivation comme quelque chose de mauvais.

L’homme possède une vie affective. Dieu nous a créés avec des émotions, des désirs, des enthousiasmes et des sentiments. Ceux-ci peuvent accompagner et soutenir nos décisions.

La motivation peut donc être une aide précieuse.

Elle peut nous pousser à commencer à prier davantage, à lire l’Évangile, à faire pénitence, à reprendre une vie sacramentelle, à pratiquer la charité ou à corriger une mauvaise habitude.

Mais elle ne peut pas être le fondement ultime.

Ce que nous appelons communément « motivation » dépend souvent de dispositions intérieures variables : enthousiasme, désir, énergie émotionnelle, perception immédiate des résultats, sentiment de réussite ou de satisfaction.

Or, aucun de ces éléments n’est permanent.

La vie chrétienne, au contraire, est appelée à être fidèle.

La fidélité n’est pas simplement l’enthousiasme prolongé.

La fidélité est la persévérance dans le bien.

3. Le chrétien ne vit pas uniquement de ce qu’il ressent

L’une des grandes erreurs spirituelles de notre époque consiste à confondre la foi avec le sentiment religieux.

« Je ne ressens plus Dieu. »

« Je n’ai plus envie de prier. »

« Je ne ressens plus la même ferveur qu’avant. »

« La Messe ne me touche plus comme auparavant. »

Ces expériences peuvent être réelles, mais elles ne signifient pas nécessairement que la foi a diminué.

Dieu n’est pas mesuré par notre sensibilité.

La foi est un acte de l’intelligence, mû par la volonté sous l’influence de la grâce.

Nous pouvons croire même lorsque nous ne ressentons rien.

Nous pouvons prier même lorsque notre prière nous semble sèche.

Nous pouvons accomplir notre devoir même lorsque nous n’avons aucune envie de le faire.

Et c’est parfois précisément dans ces moments que notre fidélité possède une valeur spirituelle particulière.

Saint Paul écrit :

« Nous marchons par la foi et non par la vue. »

(2 Corinthiens 5, 7)

Nous pourrions également dire : nous marchons par la foi et non par nos fluctuations émotionnelles.

4. Construire sur le sable

L’image évangélique de la maison construite sur le sable est extraordinairement actuelle.

Le sable peut représenter tout ce qui est instable.

Aujourd’hui, nous sommes motivés.

Demain, nous ne le sommes plus.

Aujourd’hui, nous promettons de changer.

Demain, nous revenons à nos anciennes habitudes.

Aujourd’hui, nous sommes profondément touchés par une prédication.

Demain, nous avons déjà oublié ce que nous avions décidé.

Le problème n’est pas nécessairement le manque de bonnes intentions.

Le problème est l’absence de fondations.

Une personne peut avoir de nombreux projets spirituels et pourtant ne pas progresser réellement parce qu’elle ne possède pas une structure stable de vie.

Elle attend toujours « le bon moment ».

Elle attend de se sentir motivée.

Elle attend d’avoir davantage d’énergie.

Elle attend que l’envie revienne.

Mais le bon moment arrive rarement tout seul.

La vertu commence précisément lorsque nous cessons d’attendre de ressentir quelque chose pour faire ce que nous savons devoir faire.

5. La vertu : l’habitude stable du bien

La tradition philosophique et théologique catholique possède ici une richesse extraordinaire.

Saint Thomas d’Aquin explique que la vertu humaine est un habitus, c’est-à-dire une disposition stable qui rend son possesseur capable d’agir correctement.

La vertu n’est donc pas simplement un acte isolé.

Elle est une disposition durable à accomplir le bien.

Cette conception est extrêmement importante.

Une personne courageuse n’est pas seulement quelqu’un qui a été courageux une fois.

Une personne juste n’est pas simplement quelqu’un qui a accompli un acte de justice.

Une personne tempérante n’est pas quelqu’un qui s’est maîtrisé une seule fois.

La vertu devient progressivement une manière stable d’agir.

Elle façonne la personne.

Elle transforme peu à peu ses facultés, ses habitudes et ses réactions.

Saint Thomas développe précisément cette doctrine lorsqu’il traite des vertus comme des habitudes bonnes qui disposent l’homme à bien agir.

La vertu est donc l’opposé d’une vie gouvernée uniquement par l’impulsion du moment.

6. Les habitudes forment notre caractère

Nous sous-estimons souvent le pouvoir des petites actions répétées.

Mais notre caractère est largement façonné par ce que nous faisons régulièrement.

Une personne qui prie chaque jour développe progressivement une disposition à la prière.

Une personne qui pratique régulièrement la patience devient progressivement plus patiente.

Une personne qui s’exerce à dire la vérité devient progressivement plus sincère.

Une personne qui s’habitue à maîtriser ses désirs devient progressivement plus tempérée.

Une personne qui accomplit fidèlement ses devoirs devient progressivement plus responsable.

Et l’inverse est également vrai.

Les mauvaises actions répétées peuvent créer de mauvaises habitudes et rendre le péché plus facile.

C’est pourquoi la vie morale n’est pas uniquement une succession de décisions isolées.

Elle est également une formation du caractère.

Chaque acte contribue, d’une certaine manière, à faire de nous le type de personne que nous devenons.

7. La vertu contre la tyrannie du « j’en ai envie »

La culture contemporaine nous pousse souvent à prendre nos sentiments comme référence suprême.

« Fais ce que tu ressens. »

« Sois toi-même. »

« Écoute ton cœur. »

Mais le christianisme propose quelque chose de beaucoup plus exigeant et beaucoup plus libérateur.

Il nous enseigne que tout ce que nous ressentons n’est pas nécessairement bon.

Nous devons apprendre à ordonner nos désirs au bien.

La liberté chrétienne n’est pas la capacité de faire tout ce que nous désirons.

Elle est la capacité de choisir librement le bien.

Un homme esclave de ses impulsions n’est pas réellement libre.

Un homme capable de gouverner ses passions selon la raison et la loi de Dieu est plus libre.

Saint Paul l’exprime magnifiquement :

« Tout m’est permis, mais tout n’est pas profitable. »

(1 Corinthiens 6, 12)

La vertu nous permet précisément de passer d’une vie gouvernée par l’impulsion à une vie gouvernée par la raison éclairée par la foi.

8. Les quatre vertus cardinales

L’Église possède une véritable architecture de la vie morale.

Les quatre vertus cardinales sont :

  • la prudence ;
  • la justice ;
  • la force ;
  • la tempérance.

Elles sont appelées cardinales parce qu’elles jouent un rôle central dans la vie morale.

La prudence

La prudence nous aide à discerner le véritable bien dans les différentes circonstances et à choisir les moyens appropriés pour l’accomplir.

Elle nous apprend à ne pas agir simplement sous l’effet de l’émotion.

La justice

La justice nous dispose à donner à Dieu et au prochain ce qui leur est dû.

Elle nous enseigne la fidélité, la responsabilité et le respect.

La force

La force nous donne la capacité de persévérer dans le bien malgré les difficultés, les peurs et les souffrances.

C’est particulièrement important lorsque la motivation disparaît.

La tempérance

La tempérance nous apprend à modérer nos désirs et nos plaisirs selon la raison et le bien véritable.

Ces quatre vertus forment une sorte de colonne vertébrale de la vie morale.

Elles ne dépendent pas du fait que nous nous sentions bien ou mal.

Elles nous apprennent à agir correctement dans les deux situations.

9. Les vertus théologales : foi, espérance et charité

Mais le chrétien ne peut pas se contenter des seules vertus naturelles.

Dieu nous appelle à une vie surnaturelle.

Les vertus théologales sont :

  • la foi ;
  • l’espérance ;
  • la charité.

Elles ont Dieu lui-même pour objet et sont données par Dieu à l’homme pour le disposer à vivre en union avec Lui.

La foi nous fait croire en Dieu et en tout ce qu’Il a révélé.

L’espérance nous fait attendre avec confiance la vie éternelle et les grâces nécessaires pour l’obtenir.

La charité nous unit à Dieu par amour et nous fait aimer notre prochain pour Dieu.

Et parmi elles, la charité possède une primauté particulière.

Saint Paul affirme :

« Maintenant donc ces trois choses demeurent : la foi, l’espérance et la charité ; mais la plus grande de ces choses, c’est la charité. »

(1 Corinthiens 13, 13)

10. La charité ne dépend pas de l’enthousiasme

Aimer Dieu ne signifie pas toujours ressentir une émotion intense.

Il existe une différence entre l’amour affectif et l’amour de la volonté.

Nous pouvons aimer Dieu même lorsque nous ne ressentons aucune consolation.

Nous pouvons aimer Dieu lorsque la prière nous semble difficile.

Nous pouvons aimer Dieu lorsque nous traversons une période de sécheresse spirituelle.

La charité consiste fondamentalement à vouloir le bien et à nous unir à Dieu.

C’est pourquoi une personne peut faire un acte de charité profondément authentique sans ressentir aucune émotion particulière.

Elle choisit Dieu.

Elle reste fidèle.

Elle continue à prier.

Elle continue à accomplir son devoir.

Elle continue à éviter le péché.

Elle continue à aimer son prochain.

Ce n’est pas une foi de moindre valeur.

Au contraire, cela peut être l’expression d’une foi profondément enracinée.

11. Le Christ n’a pas promis une vie sans difficultés

L’Évangile n’est pas un manuel de motivation personnelle.

Jésus-Christ n’a jamais promis à ses disciples que la vie serait toujours facile.

Il a dit :

« Si quelqu’un veut venir à ma suite, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive. »

(Matthieu 16, 24)

Ces paroles sont radicales.

Le christianisme n’est pas une méthode permettant de se sentir bien en permanence.

C’est un chemin de conversion, de sanctification et de configuration au Christ.

Il y aura des jours de consolation.

Il y aura des jours de sécheresse.

Il y aura des victoires.

Il y aura des chutes.

Il y aura de la joie.

Il y aura de la souffrance.

Ce qui compte est de continuer à marcher vers le Christ.

12. La fidélité lorsque personne ne regarde

La motivation aime souvent les résultats visibles.

La vertu, elle, sait agir dans le secret.

Un homme peut prier sans que personne ne le sache.

Il peut faire un sacrifice sans le raconter.

Il peut refuser une tentation sans recevoir aucun applaudissement.

Il peut pardonner sans que personne ne le félicite.

Il peut accomplir son devoir quotidien pendant des années sans jamais apparaître sur les réseaux sociaux.

C’est là que se trouve une partie de la véritable grandeur chrétienne.

Notre Seigneur dit :

« Ton Père, qui voit dans le secret, te le rendra. »

(Matthieu 6, 18)

La sainteté n’est pas une performance destinée à être montrée.

Elle est une transformation intérieure opérée par la grâce et accueillie par notre fidélité.

13. La discipline chrétienne n’est pas du perfectionnisme

Il faut cependant faire une distinction importante.

Construire sa vie sur les habitudes et les vertus ne signifie pas devenir prisonnier d’un perfectionnisme anxieux.

Le perfectionnisme dit :

« Je dois tout faire parfaitement. »

La vertu dit :

« Je dois faire fidèlement le bien que Dieu me demande aujourd’hui. »

La différence est immense.

Le perfectionnisme peut conduire au découragement parce que nous découvrons rapidement que nous ne sommes pas parfaits.

La vertu, au contraire, nous apprend à recommencer.

Nous tombons ?

Nous nous relevons.

Nous avons manqué notre prière ?

Nous reprenons le lendemain.

Nous avons cédé à une faiblesse ?

Nous demandons pardon et recommençons à lutter.

Nous avons échoué ?

Nous tirons une leçon de l’échec et avançons.

La vie spirituelle est un chemin.

14. La grâce ne remplace pas notre coopération

Il serait également faux de penser que les habitudes et les vertus rendent la grâce inutile.

Tout le contraire.

Dans la doctrine catholique, la grâce de Dieu est première.

Sans la grâce, nous ne pouvons pas atteindre notre fin surnaturelle.

Mais Dieu veut aussi notre coopération.

Saint Augustin résumait magnifiquement ce principe par cette idée : Dieu, qui nous a créés sans nous, ne veut pas nous sauver sans nous.

La vie chrétienne est donc une coopération entre la grâce divine et notre réponse libre.

Nous prions parce que Dieu nous attire à la prière.

Nous faisons le bien parce que sa grâce nous soutient.

Nous luttons contre le péché avec son secours.

Nous persévérons grâce à sa grâce.

Mais nous devons également répondre.

Nous devons vouloir.

Nous devons agir.

Nous devons persévérer.

15. Les petits actes construisent les grandes vertus

Nous cherchons parfois des changements spectaculaires.

Mais la sainteté est très souvent construite à travers de petites fidélités.

Se lever à l’heure.

Faire son devoir.

Prier quotidiennement.

Faire le signe de croix avec attention.

Participer fidèlement à la Sainte Messe.

Se confesser régulièrement.

Lire quelques pages de l’Évangile.

Dire la vérité.

Éviter une conversation inutilement médisante.

Maîtriser une réaction de colère.

Accomplir un acte de charité.

Demander pardon.

Pardonner.

Ces actes peuvent sembler petits.

Mais répétés pendant des mois et des années, ils transforment une personne.

Le chrétien ne doit pas mépriser les petites choses.

Dieu peut utiliser une petite fidélité pour accomplir une grande œuvre dans une âme.

16. Une règle de vie vaut mieux qu’une explosion de motivation

Au lieu de nous demander :

« Comment puis-je être davantage motivé ? »

Il serait souvent plus utile de nous demander :

« Quelle règle de vie puis-je établir pour rester fidèle même lorsque je ne suis pas motivé ? »

C’est une question beaucoup plus chrétienne.

Par exemple :

  • prier le matin et le soir ;
  • réciter quotidiennement le Saint Rosaire ;
  • participer à la Messe dominicale ;
  • se confesser avec régularité ;
  • réserver chaque jour un temps pour la lecture spirituelle ;
  • faire un examen de conscience le soir ;
  • accomplir fidèlement ses devoirs d’état ;
  • pratiquer régulièrement une œuvre de miséricorde ;
  • éviter volontairement certaines occasions de péché ;
  • réserver certains moments au silence.

La règle de vie transforme les bonnes intentions en habitudes concrètes.

17. Le Rosaire : un exemple extraordinaire de fidélité

Le Saint Rosaire illustre parfaitement cette différence.

Il existe des jours où nous prions le Rosaire avec une grande ferveur.

Nous sommes concentrés.

Les mystères nous touchent profondément.

Nous avons le sentiment d’être proches de la Sainte Vierge.

Mais il existe également des jours où nous sommes fatigués.

Nous sommes distraits.

Nous avons du mal à nous concentrer.

Nous ne ressentons rien de particulier.

Devons-nous alors abandonner ?

Non.

Nous continuons.

Pourquoi ?

Parce que nous ne récitons pas le Rosaire uniquement lorsque nous en avons envie.

Nous le récitons parce que nous avons choisi de consacrer ce temps à Dieu et à la Très Sainte Vierge Marie.

C’est là que l’habitude devient une véritable école de fidélité.

18. La sécheresse spirituelle

Tous ceux qui avancent sérieusement dans la vie spirituelle peuvent connaître des périodes de sécheresse.

La prière semble difficile.

Les émotions disparaissent.

La lecture spirituelle ne produit pas la même consolation.

La Messe peut sembler moins « intense ».

Mais la sécheresse n’est pas nécessairement un signe d’abandon de Dieu.

Elle peut être permise par Dieu pour purifier notre foi et nous apprendre à L’aimer non pour les consolations qu’Il nous donne, mais pour Lui-même.

Une spiritualité fondée exclusivement sur le sentiment devient fragile.

Une spiritualité fondée sur la foi, l’espérance, la charité et les vertus devient beaucoup plus stable.

19. « Je n’en ai pas envie » n’est pas une excuse

Dans la vie morale, il existe une phrase qui peut devenir extrêmement dangereuse :

« Je n’en ai pas envie. »

Nous pouvons ne pas avoir envie de prier.

Nous pouvons ne pas avoir envie de travailler.

Nous pouvons ne pas avoir envie de pardonner.

Nous pouvons ne pas avoir envie de faire un sacrifice.

Nous pouvons ne pas avoir envie de demander pardon.

Nous pouvons ne pas avoir envie de nous lever.

Mais la question chrétienne n’est pas :

« Qu’est-ce que j’ai envie de faire ? »

La question est :

« Quel est le bien que je dois accomplir maintenant ? »

Cette question change toute une vie.

20. La vertu rend progressivement le bien plus facile

Il ne faut cependant pas penser que vivre vertueusement signifie lutter éternellement avec la même intensité.

L’habitude transforme progressivement nos dispositions.

Au commencement, prier chaque jour peut sembler difficile.

Puis cela devient naturel.

Au commencement, maîtriser une réaction de colère peut demander un effort énorme.

Avec le temps, la personne apprend à réagir autrement.

Au commencement, renoncer à certaines habitudes mauvaises peut être très pénible.

Peu à peu, une nouvelle manière de vivre se forme.

C’est précisément la puissance de l’habitus.

La répétition ordonnée d’actes bons contribue à former une disposition stable au bien.

La vertu ne supprime pas l’effort.

Elle rend l’effort plus ordonné, plus stable et progressivement plus naturel.

21. La vraie liberté n’est pas de faire ce que l’on veut

Le monde moderne parle beaucoup de liberté.

Mais il donne souvent à la liberté une définition extrêmement pauvre :

« Je suis libre de faire ce que je veux. »

Le christianisme propose une définition plus profonde.

Être libre, c’est être capable de choisir le bien.

Un homme incapable de résister à ses passions est moins libre qu’il ne le croit.

Celui qui est dominé par la colère n’est pas pleinement libre.

Celui qui ne peut pas contrôler sa langue n’est pas pleinement libre.

Celui qui est esclave de ses désirs n’est pas pleinement libre.

Celui qui ne peut pas renoncer à un plaisir même lorsqu’il sait que ce plaisir lui nuit n’est pas pleinement libre.

La vertu libère parce qu’elle ordonne les puissances de l’homme vers leur véritable bien.

22. Le monde a besoin de témoins de fidélité

Nous vivons dans une société où beaucoup de choses changent rapidement.

Les modes changent.

Les opinions changent.

Les tendances changent.

Les technologies changent.

Les réseaux sociaux changent.

Les personnes passent d’un enthousiasme à un autre.

Dans ce contexte, le chrétien est appelé à être un témoin de stabilité.

Pas d’une rigidité humaine.

Mais d’une fidélité enracinée dans la vérité.

Le chrétien devrait pouvoir dire par sa vie :

« Je resterai fidèle même lorsque cela me coûte. »

Cette fidélité est particulièrement importante dans la famille, le mariage, le travail, l’amitié, la prière et la vie ecclésiale.

23. Le mariage est également construit sur la fidélité, pas seulement sur le sentiment

Le mariage offre un exemple particulièrement clair.

Personne ne peut raisonnablement penser que le mariage sera constitué uniquement de sentiments amoureux intenses.

Il y aura des moments d’enthousiasme.

Mais il y aura également de la fatigue, des incompréhensions, des difficultés économiques, des maladies, des responsabilités et des épreuves.

Le mariage repose donc sur une promesse et sur une fidélité.

L’amour véritable ne dit pas seulement :

« Je t’aime lorsque je me sens amoureux. »

Il dit :

« Je choisis de t’aimer, de te respecter et de te rester fidèle. »

La vertu de fidélité rend possible cette forme d’amour mature.

Et la grâce sacramentelle, dans le mariage chrétien, élève et fortifie cette vocation.

24. La vie chrétienne est un entraînement de l’âme

Saint Paul utilise à plusieurs reprises l’image de l’entraînement.

« Tout athlète s’impose une discipline en toutes choses. »

(1 Corinthiens 9, 25)

Cette image est très actuelle.

Personne ne devient athlète simplement en regardant des vidéos motivantes.

Il faut s’entraîner.

Encore et encore.

Même lorsque l’on n’en a pas envie.

Même lorsque les progrès semblent lents.

Même lorsque personne ne regarde.

Il en va de même pour l’âme.

La vie spirituelle exige une véritable ascèse.

Prière.

Sacrifice.

Maîtrise de soi.

Pénitence.

Étude.

Silence.

Persévérance.

Charité.

Ce ne sont pas des accessoires de la vie chrétienne.

Ils font partie de la formation de l’homme nouveau dans le Christ.

25. Ne cherche pas constamment à te sentir bien : cherche à devenir bon

Voilà peut-être l’un des changements de perspective les plus importants.

Notre société nous demande constamment :

« Comment te sens-tu ? »

Mais la question chrétienne est plus profonde :

« Que dois-tu devenir ? »

Le but de la vie chrétienne n’est pas d’être constamment émotionnellement satisfait.

Le but est de devenir saint.

Et la sainteté signifie être configuré au Christ.

Cela implique de devenir plus patient.

Plus juste.

Plus tempérant.

Plus courageux.

Plus humble.

Plus charitable.

Plus fidèle.

Plus pur.

Plus miséricordieux.

Plus docile à la grâce.

Le véritable succès chrétien n’est pas d’avoir constamment de bonnes sensations.

C’est d’aimer davantage Dieu et le prochain.

26. Construire sur le roc

Nous revenons ainsi aux paroles du Christ.

La maison construite sur le roc n’est pas celle qui n’est jamais frappée par la tempête.

La tempête vient.

La pluie tombe.

Les fleuves débordent.

Les vents soufflent.

La différence est dans les fondations.

« La pluie est tombée, les torrents sont venus, les vents ont soufflé et se sont déchaînés contre cette maison ; elle n’est pas tombée, car elle était fondée sur le roc. »

(Matthieu 7, 25)

Le chrétien n’est pas celui qui ne connaît aucune difficulté.

C’est celui qui possède des fondations suffisamment profondes pour ne pas s’effondrer lorsque les difficultés arrivent.

Et ces fondations ne sont pas nos émotions.

Elles ne sont pas notre enthousiasme.

Elles ne sont pas notre volonté personnelle.

Elles sont le Christ, sa grâce, sa vérité et notre fidélité à sa parole.

Conclusion : ne construisez pas votre vie sur ce que vous ressentez

La motivation peut être une bonne servante.

Mais c’est une mauvaise maîtresse.

Elle peut nous aider à commencer.

Mais elle ne doit pas gouverner toute notre vie.

Elle est fluctuante.

La vertu, au contraire, nous apprend à rester fidèles.

La motivation dit :

« Je le ferai lorsque j’en aurai envie. »

La vertu dit :

« Je le ferai parce que c’est bien. »

La motivation dit :

« Aujourd’hui, je me sens capable. »

La vertu dit :

« Même si je suis faible, je vais faire ce que je peux avec la grâce de Dieu. »

La motivation dit :

« Je continuerai tant que cela me fera du bien. »

La vertu dit :

« Je resterai fidèle même lorsque cela me coûtera. »

Et c’est précisément ici que se trouve la maturité chrétienne.

Ne construisez pas votre vie sur l’émotion du moment.

Ne construisez pas votre foi sur la ferveur sensible.

Ne construisez pas votre prière sur l’envie.

Ne construisez pas votre vocation sur l’enthousiasme.

Ne construisez pas votre famille sur le seul sentiment.

Ne construisez pas votre vie spirituelle sur des expériences émotionnelles.

Construisez sur le Christ.

Construisez sur la grâce.

Construisez sur la vérité.

Construisez sur la prière.

Construisez sur les sacrements.

Construisez sur les vertus.

Construisez sur de bonnes habitudes orientées vers le bien.

Et lorsque la motivation disparaîtra — parce qu’elle disparaîtra parfois — continuez.

Priez.

Travaillez.

Accomplissez votre devoir.

Faites le bien.

Évitez le péché.

Aimez.

Pardonnez.

Persévérez.

Recommencez lorsque vous tombez.

Car, au bout du compte, Dieu ne nous demandera pas si nous avons toujours été enthousiastes.

Il nous demandera si nous avons été fidèles.

Et la fidélité, précisément, commence lorsque l’enthousiasme s’éteint.

« Sois fidèle jusqu’à la mort, et je te donnerai la couronne de vie. »

(Apocalypse 2, 10)

La motivation peut allumer une étincelle.

Mais seules les vertus, soutenues par la grâce, peuvent entretenir durablement le feu.

Ne construisez donc pas votre vie sur le sable changeant de vos émotions.

Construisez-la sur le roc du Christ.

À propos catholicus

Pater noster, qui es in cælis: sanc­ti­ficétur nomen tuum; advéniat regnum tuum; fiat volúntas tua, sicut in cælo, et in terra. Panem nostrum cotidiánum da nobis hódie; et dimítte nobis débita nostra, sicut et nos dimíttimus debitóribus nostris; et ne nos indúcas in ten­ta­tiónem; sed líbera nos a malo. Amen.

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