Introduction : une prière qui ne s’achève pas là où nous le pensons
Il existe des moments de la Sainte Messe que nous répétons si souvent que nous risquons de ne plus nous demander ce qu’ils signifient. C’est notamment le cas lorsque le prêtre invite les fidèles à réciter le Notre Père. Toute l’assemblée se joint alors à la prière que Jésus-Christ Lui-même a enseignée à ses disciples. Nous demandons au Père que son nom soit sanctifié, que son règne vienne, que sa volonté soit faite, qu’Il nous donne notre pain quotidien, qu’Il nous pardonne nos péchés et qu’Il nous délivre du mal.
Cependant, lorsque nous récitons le Notre Père au cours de la célébration de l’Eucharistie, il se produit quelque chose qui peut attirer notre attention, particulièrement si nous avons l’habitude de le réciter chez nous, pendant le Rosaire ou dans le cadre d’autres dévotions : nous ne prononçons pas le mot « Amen » à la fin de ses paroles.
Pourquoi cela ? S’agit-il d’une omission liturgique ? Est-ce une particularité du rite romain ? Pourquoi, après avoir demandé au Père de nous délivrer du mal, le prêtre poursuit-il avec des paroles qui ne font pas partie du Notre Père tel qu’il apparaît dans l’Évangile ?
La réponse se trouve dans une ancienne tradition de la liturgie chrétienne : l’embolisme.
Ce mot, peu connu de nombreux catholiques, désigne une prière qui développe et prolonge la dernière demande du Notre Père. Pendant la Sainte Messe, le prêtre reprend la supplication « délivre-nous du mal » et la prolonge par une prière demandant au Seigneur de nous libérer du péché, de nous protéger de toute perturbation et de nous accorder la paix, tandis que nous attendons la venue glorieuse de Jésus-Christ.
L’embolisme n’est donc ni un ajout insignifiant ni une formule récitée simplement parce que le cérémonial le prescrit. Il est une expression de la foi de l’Église, une prière profondément liée à l’espérance chrétienne, au combat contre le péché, à la paix qui vient de Dieu et à l’attente du retour glorieux du Seigneur.
Le comprendre nous aidera à participer à l’Eucharistie avec davantage de conscience, à redécouvrir la richesse de la liturgie traditionnelle et à comprendre que les paroles de la Messe ne sont pas disposées au hasard : elles forment une prière organique dans laquelle chaque geste, chaque silence et chaque formule possèdent leur place et leur signification.
1. Qu’est-ce que l’embolisme exactement ?
Le mot embolisme vient du grec embolismós, un terme associé à l’idée d’introduire, d’intercaler ou d’insérer quelque chose. Dans le langage liturgique, il désigne une prière intercalée afin de développer ou d’amplifier une prière précédente.
Dans la Messe du rite romain, ce terme désigne particulièrement la prière qui suit immédiatement le Notre Père.
Dans la liturgie actuelle du rite romain, après que le peuple a achevé le Notre Père, le prêtre prononce ces paroles :
« Délivre-nous de tout mal, Seigneur, et donne la paix à notre temps : soutenus par ta miséricorde, nous serons libérés de tout péché, à l’abri de toute épreuve, nous qui attendons que se réalise cette bienheureuse espérance : l’avènement de Jésus-Christ, notre Sauveur. »
L’assemblée répond :
« Car c’est à toi qu’appartiennent le règne, la puissance et la gloire pour les siècles des siècles. »
La formulation exacte peut varier selon les traductions liturgiques approuvées, mais la structure fondamentale demeure la même : le Notre Père s’achève sans que les fidèles disent « Amen » ; le prêtre développe la dernière demande au moyen de l’embolisme ; puis l’assemblée répond par une acclamation qui proclame le règne, la puissance et la gloire de Dieu.
Il convient de distinguer trois éléments :
- Le Notre Père : la prière enseignée par Jésus-Christ, que toute l’Église adresse au Père.
- L’embolisme : la prière présidentielle qui développe la dernière demande du Notre Père.
- L’acclamation finale : la réponse du peuple qui proclame la souveraineté de Dieu.
Il ne s’agit pas de trois prières indépendantes artificiellement réunies. Elles constituent une séquence liturgique cohérente.
L’embolisme se comprend précisément à partir de la demande dont il découle : « Délivre-nous du mal ». Le prêtre n’abandonne pas le contenu de la prière du Christ, mais le déploie et l’applique à la vie de l’Église.
Cette distinction permet également d’éviter une confusion : l’embolisme n’est ni une nouvelle version du Notre Père, ni une modification des paroles évangéliques, ni une prière privée que le prêtre introduirait de sa propre initiative. Il s’agit d’une formule liturgique propre à la célébration eucharistique.
2. Pourquoi ne disons-nous pas « Amen » à la fin du Notre Père pendant la Messe ?
C’est la question centrale.
Lorsque nous récitons le Notre Père en dehors de la Messe, nous le concluons habituellement par le mot « Amen ». C’est notamment le cas pendant le Rosaire, dans la prière personnelle et dans de nombreuses dévotions. Cette pratique est également habituelle dans d’autres traditions chrétiennes.
Dans le rite romain, cependant, le Notre Père s’intègre dans une séquence plus large. Sa dernière demande ne reçoit pas immédiatement la conclusion habituelle, mais est suivie de l’embolisme.
La raison principale est liturgique : le Notre Père et l’embolisme forment une seule unité de prière, et la conclusion de cette séquence intervient après son développement.
« Amen » signifie essentiellement « ainsi soit-il », « c’est vrai » ou « nous le croyons ». C’est un mot d’assentiment et d’adhésion à ce qui a été proclamé ou demandé. Il n’existe aucune interdiction générale de le prononcer après le Notre Père. En effet, les fidèles le disent lorsqu’ils récitent cette prière en dehors de la séquence eucharistique romaine.
Pendant la Messe, toutefois, la tradition liturgique a établi une autre structure. L’assemblée n’intercale pas le mot « Amen » entre la prière du Christ et celle qui la développe. Elle poursuit avec l’embolisme, puis participe à l’acclamation.
Cela ne signifie pas que le Notre Père soit théologiquement incomplet ni que la prière de Jésus-Christ ait besoin d’être corrigée. Cela signifie que l’Église a établi une forme liturgique particulière pour la proclamer au sein de la célébration eucharistique.
Une précision importante
Nous ne devons pas affirmer que le mot « Amen » est intrinsèquement incompatible avec le Notre Père ni que le prononcer en dehors de la Messe serait moins correct. Il serait également inexact de soutenir que tous les chrétiens, à toutes les époques et dans tous les rites, ont observé une pratique unique.
La question est à la fois plus simple et plus profonde : dans le rite romain, l’absence du mot « Amen » à cet endroit correspond à la structure reçue de la prière liturgique.
La liturgie n’est pas un ensemble de prières indépendantes que chacun pourrait réorganiser à sa guise. Elle est la prière publique de l’Église, reçue et transmise au fil des siècles. C’est pourquoi la manière dont ses prières s’enchaînent possède une signification propre.
Le fidèle qui comprend cette structure cesse d’interpréter l’absence du mot « Amen » comme une omission accidentelle et commence à découvrir une continuité entre la supplication du Christ, la prière du prêtre et l’acclamation du peuple.
3. Le fondement biblique : « Délivre-nous du mal »
Pour comprendre l’embolisme, il faut revenir à l’Évangile.
Saint Matthieu rapporte l’enseignement de Jésus-Christ sur la prière dans le Sermon sur la montagne :
« Vous donc, priez ainsi : Notre Père qui es aux cieux… » (cf. Matthieu 6, 9-13).
La prière s’achève, dans la forme habituelle du Notre Père, par ces paroles :
« Et ne nous laisse pas entrer en tentation, mais délivre-nous du mal » (Matthieu 6, 13, selon la formulation traditionnelle de nombreuses versions françaises).
Cette dernière demande possède une profondeur spirituelle extraordinaire.
Jésus n’enseigne pas à ses disciples à se considérer comme invulnérables. Il ne leur promet pas non plus une vie exempte de souffrances, de tentations, de persécutions ou de difficultés. Il leur enseigne à reconnaître leur besoin de Dieu et à demander la grâce de demeurer fidèles au milieu des épreuves.
L’expression « délivre-nous du mal » peut être comprise au sens large comme une supplication contre le mal dans toutes ses dimensions : le péché, la tentation, l’injustice, la souffrance et l’action du Malin. Dans la tradition chrétienne, cette demande possède également une dimension personnelle et spirituelle : nous demandons à être protégés du Malin, l’ennemi de Dieu et du salut de l’humanité.
L’Église ne réduit donc pas le mal à un concept abstrait et ne l’identifie pas exclusivement aux difficultés matérielles. Le mal possède une dimension morale et spirituelle qui affecte notre relation avec Dieu, avec nous-mêmes et avec notre prochain.
L’embolisme développe précisément cette supplication.
Lorsque le prêtre demande que nous vivions libérés du péché, il approfondit la demande d’être préservés du mal moral. Lorsqu’il demande notre protection contre toute épreuve, il exprime le désir que rien ne nous détourne de la fidélité à Dieu. Lorsqu’il implore la paix, il demande un don qui ne peut être réduit à l’absence de conflits extérieurs. Et lorsqu’il évoque la venue glorieuse de Jésus-Christ, il situe toute cette supplication dans l’horizon ultime de l’histoire : la manifestation définitive du Seigneur.
Ainsi, la prière qui commence par la demande d’être délivrés du mal s’achève en orientant notre regard vers la victoire définitive du Christ.
« Ne nous laisse pas entrer en tentation »
Cette demande mérite également une attention particulière.
Le chrétien ne demande pas simplement à ne jamais connaître la tentation. Les tentations font partie de la condition humaine dans un monde blessé par le péché, même si leur présence ne constitue pas, en elle-même, un péché personnel.
Nous demandons surtout de ne pas y succomber, de ne pas abandonner notre confiance en Dieu et de ne pas consentir délibérément à ce qui nous sépare de sa volonté.
Saint Paul nous offre une parole de consolation et d’espérance :
« Dieu est fidèle ; il ne permettra pas que vous soyez tentés au-delà de vos forces. Mais avec la tentation, il donnera aussi le moyen d’en sortir et la force de la supporter » (cf. 1 Corinthiens 10, 13).
Ce passage ne signifie pas que l’être humain puisse surmonter n’importe quelle épreuve exclusivement par ses forces naturelles, ni que toutes les souffrances soient faciles à supporter. Il signifie que Dieu demeure fidèle et que sa grâce n’abandonne pas celui qui se tourne vers Lui.
L’embolisme nous invite à nous souvenir de cette vérité chaque fois que nous participons à la Messe : nous avons besoin de la miséricorde divine pour persévérer, combattre le péché et avancer sur le chemin de la sainteté.
4. Pourquoi l’embolisme mentionne-t-il la paix ?
L’une des caractéristiques les plus frappantes de l’embolisme est le lien qu’il établit entre la délivrance du mal et la demande de paix.
À première vue, il pourrait sembler s’agir de deux sujets différents. Pourtant, dans la perspective chrétienne, ils sont intimement liés.
La paix ne consiste pas uniquement dans la disparition des guerres, des tensions sociales ou des conflits familiaux. Tout cela est important et doit faire l’objet de notre prière et de notre engagement. Mais la paix chrétienne possède également une dimension intérieure, morale et surnaturelle.
Le péché rompt l’harmonie entre l’être humain et Dieu. Il peut détruire la concorde familiale, nourrir le ressentiment, justifier l’injustice et endurcir le cœur. La conversion, au contraire, ouvre le chemin d’une réconciliation plus profonde.
C’est pourquoi demander à Dieu de nous délivrer du mal et de nous accorder la paix signifie Lui demander de transformer notre existence par sa grâce.
Il ne s’agit pas d’une simple paix psychologique, ni d’une tranquillité obtenue à n’importe quel prix. La paix chrétienne n’exige pas que nous taisions la vérité, tolérions l’injustice ou renoncions au bien afin d’éviter tout désaccord.
Le Christ est le Prince de la paix, mais sa paix n’équivaut pas à l’indifférence envers le péché. La véritable paix a besoin de vérité, de justice, de charité et de réconciliation.
L’embolisme nous rappelle également que la paix est un don que nous devons recevoir et, en même temps, une tâche que nous devons assumer. Le chrétien ne peut pas se contenter de demander la paix tout en nourrissant la haine, la calomnie, l’envie ou la division.
La prière liturgique nous engage.
Lorsque nous demandons la paix pendant la Messe, nous devons nous demander si nous sommes disposés à travailler pour elle dans nos familles, sur nos lieux de travail, dans nos relations personnelles et dans la société.
Pardonnons-nous lorsque cela est légitimement possible ? Évitons-nous de répandre des rumeurs ? Traitons-nous avec charité ceux qui pensent différemment ? Défendons-nous la vérité sans tomber dans le mépris personnel ? Cherchons-nous à nous réconcilier lorsque nous avons offensé quelqu’un ?
L’embolisme ne permet pas de séparer la prière de la vie. La paix que nous demandons à Dieu doit commencer à porter ses fruits dans notre comportement.
5. « Libérés de tout péché » : la véritable liberté chrétienne
L’embolisme demande que, soutenus par la miséricorde de Dieu, nous vivions toujours libérés du péché.
Cette expression ne doit pas être interprétée comme la promesse que le chrétien cessera de connaître toute tentation ou atteindra automatiquement une impeccabilité absolue simplement parce qu’il assiste à la Messe.
L’Église enseigne que la vie chrétienne est un chemin de conversion au cours duquel nous avons continuellement besoin de la grâce de Dieu. La participation à l’Eucharistie nous fortifie, nous unit au Christ et nous pousse à vivre selon l’Évangile. Cependant, elle ne supprime pas la nécessité de nous repentir de nos péchés ni de recourir au sacrement de pénitence lorsque cela est nécessaire.
La liberté chrétienne ne consiste pas non plus à faire tout ce que nous désirons. Nous ne sommes pas plus libres simplement parce que nous acceptons moins de limites, mais parce que nous devenons davantage capables de choisir le bien.
Une personne asservie au mensonge, à la colère, à l’impureté, à l’avarice ou à l’orgueil peut conserver de nombreuses libertés extérieures tout en éprouvant un profond esclavage intérieur.
Jésus l’exprime clairement :
« Quiconque commet le péché est esclave du péché » (Jean 8, 34).
Et Il ajoute :
« Si donc le Fils vous rend libres, vous serez réellement libres » (cf. Jean 8, 36).
La liberté chrétienne naît de la rencontre avec le Christ et se développe par la grâce, la prière, les sacrements, la pratique des vertus et le combat quotidien contre le péché.
Ainsi, lorsque nous entendons l’embolisme, nous ne devrions pas penser uniquement aux dangers extérieurs. Nous devons également demander à Dieu de nous libérer de ce qui nous enchaîne intérieurement.
Il peut s’agir d’un ressentiment que nous refusons d’abandonner, d’une habitude qui affaiblit notre vie spirituelle, d’un manque de charité que nous justifions constamment ou d’une tiédeur qui nous empêche de répondre généreusement à l’appel de Dieu.
Cette demande est exigeante, mais elle est aussi pleine d’espérance : nous ne sommes pas seuls dans le combat spirituel. La miséricorde divine nous précède, nous soutient et nous invite à recommencer.
6. La venue glorieuse de Jésus-Christ : l’horizon eschatologique de l’embolisme
L’embolisme ne s’achève pas en considérant uniquement les difficultés du présent. Il conclut en dirigeant notre attention vers « la venue glorieuse de notre Sauveur Jésus-Christ ».
Cette expression est fondamentale pour comprendre la spiritualité de la liturgie.
Le christianisme n’est pas simplement une doctrine morale qui nous aide à mieux nous comporter, ni un ensemble de pratiques religieuses destinées à nous réconforter. Il est la foi en Jésus-Christ, mort et ressuscité, qui a vaincu le péché et la mort et qui reviendra dans la gloire à la fin des temps.
L’Église vit entre deux grands événements : la première venue du Christ dans l’humilité de l’Incarnation et son retour glorieux, lorsque sa victoire se manifestera pleinement.
Dans l’intervalle, les chrétiens cheminent en pèlerins de l’espérance.
Nous ne connaissons pas le moment de la seconde venue. Nous ne devons pas non plus interpréter chaque crise politique, chaque guerre, chaque catastrophe ou chaque changement culturel comme un signe incontestable de l’imminence de la fin du monde. Jésus-Christ Lui-même nous a exhortés à la vigilance, et non à des spéculations imprudentes sur les dates.
L’espérance chrétienne consiste à vivre dans la préparation, en persévérant dans la foi, la charité et la sainteté.
L’embolisme relie cette attente à la délivrance du mal. Nous demandons à être préservés du péché et de toute épreuve tandis que nous attendons le triomphe définitif du Christ.
C’est une perspective profondément réaliste. L’Église n’affirme pas que tous les problèmes humains disparaîtront immédiatement après notre prière. Elle reconnaît que nous vivons dans une histoire marquée par la souffrance, le péché et le combat spirituel. Mais elle proclame également que le mal n’aura pas le dernier mot.
Le livre de l’Apocalypse exprime cette espérance à travers une promesse de renouvellement définitif :
« Il essuiera toute larme de leurs yeux, et la mort ne sera plus » (cf. Apocalypse 21, 4).
Tel est le but ultime de l’espérance chrétienne : non pas une simple amélioration temporaire des circonstances, mais l’accomplissement du Royaume de Dieu.
L’embolisme nous apprend donc à vivre le présent sans désespoir et à envisager l’avenir sans crainte superstitieuse. Il nous appelle à œuvrer pour le bien, à combattre le péché et à persévérer dans la prière, sachant que notre histoire se dirige vers la rencontre définitive avec Jésus-Christ.
7. L’acclamation du peuple : « Car c’est à toi qu’appartiennent le règne, la puissance et la gloire »
Après l’embolisme, dans la forme ordinaire du rite romain, le peuple répond :
« Car c’est à toi qu’appartiennent le règne, la puissance et la gloire pour les siècles des siècles. »
Cette acclamation ne doit pas être confondue avec les paroles originales du Notre Père telles qu’elles apparaissent dans tous les manuscrits de l’Évangile selon saint Matthieu. Il s’agit d’une doxologie, c’est-à-dire d’une formule de louange et de glorification de Dieu, liée à la tradition biblique et liturgique.
L’acclamation exprime trois affirmations fondamentales.
Le Royaume appartient à Dieu. Le chrétien reconnaît que l’histoire n’appartient pas, en dernier ressort, à un pouvoir humain. Aucun État, aucune idéologie, aucun système économique ni aucun dirigeant ne peut prendre la place de Dieu. Toute autorité humaine est soumise à un ordre moral et doit être jugée à la lumière de la vérité et du bien.
La puissance appartient à Dieu. Notre espérance ne repose pas exclusivement sur les capacités humaines. Les forces du mal peuvent causer de véritables souffrances, mais elles ne sont pas toutes-puissantes. La puissance de Dieu est créatrice, providentielle et salvatrice.
La gloire appartient à Dieu. Le but de la vie chrétienne n’est pas de faire de nous le centre de toute chose, mais de vivre pour la gloire de Dieu. Cela ne détruit pas la dignité humaine : cela l’éclaire. L’être humain atteint sa plénitude lorsqu’il reconnaît son Créateur et apprend à aimer selon la vérité.
L’expression « pour les siècles des siècles » souligne la permanence de la seigneurie divine. Face aux modes, aux empires, aux crises et aux transformations culturelles, l’Église proclame que Dieu ne perd pas sa souveraineté.
L’acclamation possède donc une signification spirituelle, mais également une dimension publique. Le chrétien n’appartient pas, en dernier ressort, aux puissances de ce monde. Sa conscience doit être formée par l’Évangile et son espérance doit être placée dans le Seigneur.
En répondant ainsi, les fidèles ne se contentent pas d’achever une formule. Ils proclament leur foi au sein d’une société qui mesure souvent la réussite à l’aune du pouvoir, de la richesse, de l’influence ou de la visibilité.
La liturgie nous rappelle que le Royaume, la puissance et la gloire ne sont pas la propriété des hommes. Ils appartiennent à Dieu.
8. L’histoire de l’embolisme : une prière qui traverse les siècles
Pour comprendre pleinement l’embolisme, il faut le replacer dans l’histoire de la liturgie chrétienne.
Dès les premiers siècles, les chrétiens ne se limitaient pas à réciter individuellement le Notre Père. Cette prière a progressivement acquis une place privilégiée dans la vie communautaire, la catéchèse et la célébration des mystères sacrés.
L’Église a reçu cette prière de Jésus-Christ comme un trésor. À partir de celle-ci, les différentes traditions liturgiques ont développé des manières de la conclure, de l’amplifier ou de la relier à d’autres prières.
L’embolisme romain appartient à cette histoire du développement liturgique. Son objectif a été d’exprimer plus largement la dernière demande du Notre Père, en implorant la délivrance du mal et la paix pour le peuple chrétien.
Les premiers siècles du christianisme
L’un des témoignages anciens les plus importants concernant la prière chrétienne est la Didachè, également appelée Doctrine des Douze Apôtres, un écrit chrétien datant de la fin du Ier siècle ou du début du IIe siècle, selon les datations proposées.
Ce document recommande de réciter le Notre Père trois fois par jour et transmet une formule finale de louange comprenant les mots « car à toi appartiennent la puissance et la gloire pour les siècles ».
Ce témoignage est particulièrement important, car il montre que la doxologie finale du Notre Père était présente dans une ancienne tradition chrétienne. Il ne faut toutefois pas confondre cette formule avec l’embolisme romain proprement dit : il s’agit d’éléments apparentés, mais distincts.
Le Catéchisme de l’Église catholique rappelle que l’usage liturgique a très tôt ajouté une doxologie à la fin du Notre Père. Il explique également que la tradition romaine a développé la dernière demande à la lumière de l’espérance chrétienne et de la seconde venue du Seigneur. <Cite refs={[« turn268025search0″, »turn268025search4 »]}/>
Dès ces premiers siècles, nous constatons donc une préoccupation constante : la prière enseignée par Jésus devait conduire à la louange de Dieu et exprimer l’espérance de la communauté chrétienne dans le retour du Seigneur.
Le développement des liturgies occidentales
Au fil du temps, les différentes traditions liturgiques occidentales ont développé leurs propres formules pour amplifier la demande d’être délivrés du mal.
Dans la tradition romaine, la prière Libera nos — « Délivre-nous » — a fini par occuper une place caractéristique après le Notre Père, dans les rites préparatoires à la communion.
Les anciens livres liturgiques montrent qu’au Moyen Âge, plusieurs formulations et variantes existaient. Il n’est pas toujours possible d’établir avec une certitude absolue la date exacte de composition de chaque élément ni d’en identifier l’auteur. Il convient donc d’éviter d’attribuer cette prière à un saint particulier sans preuves suffisantes.
L’essentiel est que cette structure répond à une logique théologique reconnaissable : la communauté vient de demander au Père de la délivrer du mal, et la liturgie développe cette demande avant de poursuivre vers la réception sacramentelle du Christ.
La tradition romaine antérieure à la réforme liturgique
Dans la forme traditionnelle du rite romain, la prière Libera nos possède une formulation plus longue qui comprend une référence explicite à l’intercession de la Très Sainte Vierge Marie, des saints apôtres Pierre et Paul, de saint André et de tous les saints.
Le prêtre demande à être délivré des maux passés, présents et futurs, et implore la paix pour les jours de l’Église, afin qu’elle demeure libérée du péché et de toute perturbation.
Cette prière est intégrée à une séquence de gestes et de prières liés à la fraction de l’Hostie consacrée et à la préparation immédiate à la communion.
Dans le Missel romain de 1962, l’embolisme est récité à voix basse par le prêtre, tandis que, dans le rite romain réformé, il est proclamé à voix audible et l’assemblée répond par la doxologie. <Cite refs={[« turn268025search5″, »turn268025search12 »]}/>
Cette différence permet de comprendre qu’une même tradition liturgique peut conserver une finalité théologique commune tout en présentant des structures rituelles différentes selon la forme de célébration.
Il n’est pas nécessaire de les opposer artificiellement pour reconnaître la richesse de chacune.
9. Quand l’embolisme est-il célébré ?
L’embolisme n’est pas une fête du calendrier liturgique ni une solennité consacrée à un mystère particulier. C’est une prière qui fait partie de l’ordinaire de la Sainte Messe du rite romain.
Dans la forme ordinaire du rite romain, il est récité après le Notre Père, pendant le rite de la communion et avant le rite de la paix.
La séquence habituelle est la suivante :
- Le prêtre invite l’assemblée à réciter le Notre Père.
- Tous les fidèles récitent ensemble la prière du Seigneur.
- Le prêtre prononce l’embolisme.
- L’assemblée répond par l’acclamation : « Car c’est à toi qu’appartiennent le règne, la puissance et la gloire pour les siècles des siècles. »
- Le rite de la paix se déroule, puis les rites préparatoires à la communion se poursuivent.
La Présentation générale du Missel romain, au numéro 81, explique expressément que le prêtre ajoute l’embolisme et que le peuple conclut par la doxologie. Elle précise également que l’embolisme développe la dernière demande du Notre Père et demande la délivrance du pouvoir du mal pour toute la communauté des fidèles. <Cite refs={[« turn268025search15″, »turn268025search3 »]}/>
Il ne s’agit donc pas d’une prière réservée à certains jours, comme le Carême, l’Avent ou les solennités mariales. Sa place appartient à la structure habituelle de la célébration eucharistique.
Est-il également récité aux Messes des défunts, à Noël ou pendant la Semaine sainte ?
L’embolisme appartient au rite de la Messe et ne constitue pas une prière exclusivement liée à un temps liturgique particulier. Il fait donc partie de la célébration habituelle, y compris lors des Messes pour les défunts ou des Messes propres aux solennités, sous réserve des particularités rituelles applicables.
Son contenu est particulièrement significatif à n’importe quel moment de l’année :
- Pendant l’Avent, il nous aide à demeurer vigilants dans l’attente de la venue du Seigneur.
- À Noël, il nous rappelle que le Sauveur venu humblement dans le monde reviendra dans la gloire.
- Pendant le Carême, il nous invite à lutter contre le péché et à rechercher une conversion sincère.
- À Pâques, il proclame notre espérance dans la victoire du Christ sur le péché et la mort.
- Lors des Messes pour les défunts, il exprime notre besoin de la miséricorde divine et notre espérance dans la vie éternelle.
- Pendant les jours ordinaires, il nous rappelle que la sainteté se construit par la fidélité quotidienne.
La prière ne change pas de finalité fondamentale selon le jour : elle demande la délivrance du mal, la paix, la persévérance dans la grâce et l’espérance dans la venue de Jésus-Christ.
Et qu’en est-il de la Messe traditionnelle en latin ?
Il convient ici d’établir une distinction importante pour ceux qui participent à la liturgie traditionnelle.
Dans la forme traditionnelle du rite romain, selon le Missel de 1962, le Notre Père est traité différemment : il est normalement récité par le prêtre, tandis que les fidèles s’y unissent spirituellement et que, dans la forme habituelle de la Messe basse, le servant donne la réponse appropriée à la fin.
Le prêtre récite ensuite l’embolisme à voix basse, en faisant référence aux maux passés, présents et futurs ainsi qu’à l’intercession de la Très Sainte Vierge et des saints.
Dans cette forme du rite romain, l’embolisme n’est pas suivi de l’acclamation populaire « Car c’est à toi qu’appartiennent le règne, la puissance et la gloire » au même endroit que dans la Messe réformée. Le rite se poursuit avec la fraction de l’Hostie et les prières propres à ce moment.
C’est pourquoi une personne habituée à la Messe traditionnelle en latin peut constater des différences par rapport à la célébration habituelle en français. Cela ne signifie pas qu’une forme possède l’embolisme et que l’autre en est dépourvue : les deux formes conservent cette prière, bien que son texte, son exécution et sa structure rituelle diffèrent.
10. L’embolisme et le chemin vers la Sainte Communion
La place de l’embolisme n’est pas fortuite.
Le Notre Père se situe dans une partie de la Messe qui prépare les fidèles à la communion. L’Église demande le pain quotidien, le pardon des offenses et la délivrance du mal ; ensuite, l’embolisme développe cette dernière demande et implore la paix.
Tout cela prépare spirituellement les fidèles à s’approcher du sacrement de l’unité.
L’Eucharistie n’est pas une récompense réservée à ceux qui n’ont jamais péché. Elle est la nourriture surnaturelle que le Christ offre à son Église. Cependant, recevoir dignement la communion exige une disposition intérieure conforme à ce qui est célébré.
Saint Paul nous avertit :
« Que chacun donc s’éprouve soi-même, et qu’ainsi il mange du pain et boive de la coupe » (1 Corinthiens 11, 28).
Cet examen ne doit pas devenir une source d’anxiété scrupuleuse, mais il ne peut pas non plus être réduit à un geste superficiel. C’est une invitation à reconnaître notre condition, à nous repentir de nos péchés et à nous approcher du Seigneur avec foi et révérence.
L’Église enseigne que celui qui a conscience d’un péché mortel doit recevoir le sacrement de pénitence avant de communier, sauf dans les circonstances prévues par le droit et la doctrine de l’Église. La réception de l’Eucharistie exige une disposition spirituelle appropriée.
L’embolisme aide à inscrire cette préparation dans une attitude d’humilité. Avant de nous approcher de l’autel, nous reconnaissons que nous avons besoin d’être délivrés du péché et soutenus par la miséricorde divine.
Nous demandons également la paix. Non pas une paix qui ignore nos fautes, mais une paix qui jaillit de la réconciliation avec Dieu et de la disposition à vivre dans la charité.
L’ordre de la liturgie nous enseigne ainsi que la communion ne doit pas être reçue mécaniquement. Il nous invite à reconnaître l’immense don qui se trouve devant nous : le Christ Lui-même, livré pour notre salut.
11. L’embolisme face aux maux de notre temps
Cette prière possède une actualité extraordinaire.
Nous vivons à une époque où l’on parle constamment de liberté, de bien-être, de droits, de sécurité et de paix. Pourtant, de nombreuses personnes connaissent la solitude, l’anxiété, les divisions familiales, la désorientation morale et une profonde difficulté à trouver un sens à leur existence.
La société peut disposer d’avancées technologiques impressionnantes tout en connaissant une grave crise des relations humaines. Elle peut multiplier les moyens de communication et affaiblir la capacité d’écoute. Elle peut proclamer la liberté tout en laissant l’individu soumis à de nouvelles formes de dépendance.
L’embolisme nous invite à regarder ces réalités sans oublier leur dimension spirituelle.
L’esclavage du péché
Le mal n’apparaît pas toujours sous des formes spectaculaires. Il s’installe parfois progressivement dans notre vie à travers de petits compromis, des habitudes désordonnées et des justifications répétées.
Le mensonge qui semble commode, le mépris qui se déguise en franchise, l’impureté présentée comme une nécessité, l’avarice appelée prudence ou l’indifférence à la souffrance d’autrui peuvent finir par endurcir le cœur.
La demande d’être libérés du péché nous oblige à examiner nos propres décisions avant de condamner exclusivement les erreurs des autres.
Un chrétien ne peut pas prier sincèrement pour être délivré du mal tout en refusant de reconnaître ses propres fautes.
La division et la haine
Les réseaux sociaux ont multiplié les possibilités de communiquer, mais ils ont également facilité la diffusion d’insultes, de rumeurs, de calomnies et de conflits.
Même ceux qui défendent des causes justes peuvent succomber à la tentation d’utiliser des moyens injustes pour les défendre.
L’embolisme nous rappelle que la paix chrétienne ne consiste pas à renoncer à la vérité, mais à la rechercher et à la défendre avec charité. La fermeté doctrinale ne justifie pas la cruauté, et la charité n’exige pas que nous renoncions à nos convictions de foi.
Il est possible de dénoncer une erreur sans humilier une personne. Il est possible de corriger une injustice sans recourir au mensonge. Il est possible de défendre la doctrine catholique sans transformer chaque conversation en une bataille pour le prestige personnel.
La prière exige une cohérence qui n’est pas toujours confortable.
L’incertitude politique et sociale
Les guerres, les crises économiques, l’insécurité et les transformations culturelles peuvent éveiller la peur et la méfiance.
La liturgie ne nous invite pas à nier ces difficultés. Elle nous apprend à les présenter à Dieu et à nous souvenir que notre espérance ultime ne dépend pas de la stabilité d’une quelconque structure humaine.
Cela ne signifie pas rester passifs. Les chrétiens ont le devoir de travailler pour la justice, de protéger les personnes vulnérables, d’assumer leurs responsabilités et de contribuer au bien commun.
Mais ils ne doivent pas transformer la politique, l’économie ou quelque projet humain que ce soit en substitut à l’espérance surnaturelle.
L’embolisme nous rappelle qu’au-dessus des événements de chaque époque, le Seigneur demeure notre espérance.
La perte du sens de la vie
De nombreuses personnes cherchent à combler leur vide intérieur par la consommation, le divertissement permanent, la reconnaissance publique ou l’accumulation d’expériences.
Ces réalités peuvent occuper une place légitime dans la vie humaine, mais elles ne peuvent pas, à elles seules, répondre aux questions ultimes : pourquoi vivons-nous ? Que signifie aimer ? Comment affronter la souffrance ? Que se passe-t-il après la mort ?
L’embolisme dirige notre regard vers la venue glorieuse de Jésus-Christ. Il nous rappelle que la vie présente ne constitue pas toute notre histoire et que nous sommes appelés à une destinée éternelle.
Cette perspective ne méprise ni le monde ni les responsabilités quotidiennes. Au contraire, elle nous aide à les vivre avec davantage de sérieux, car nos décisions possèdent une valeur morale et spirituelle.
12. Comment pouvons-nous vivre spirituellement l’embolisme ?
Comprendre une prière est important, mais la vie spirituelle exige davantage : permettre à cette prière de transformer notre manière de penser, d’aimer et d’agir.
Nous pouvons profiter de l’embolisme comme d’une occasion quotidienne d’examiner notre conscience et de renouveler notre confiance en Dieu.
Première attitude : reconnaître notre besoin de la grâce
L’embolisme ne commence pas par affirmer notre autosuffisance. Il demande à Dieu de nous délivrer du mal.
La première leçon consiste à abandonner l’illusion selon laquelle nous pourrions atteindre la sainteté exclusivement par nos propres forces.
Cela ne supprime pas notre responsabilité. La grâce ne remplace pas notre coopération : elle la rend possible et la soutient.
Lorsque nous faisons l’expérience d’une tentation, d’une faiblesse ou d’une difficulté morale, nous pouvons nous rappeler que nous ne sommes pas obligés de lutter seuls. Nous pouvons recourir à la prière, recevoir les sacrements, demander un accompagnement spirituel et prendre des décisions concrètes pour nous éloigner des occasions de péché.
Deuxième attitude : demander à être concrètement délivrés du péché
Parfois, nos prières deviennent trop générales. Nous demandons à devenir meilleurs sans identifier ce que nous devons corriger.
L’embolisme peut nous aider à procéder à un examen plus concret.
Y a-t-il un péché dont j’ai commencé à minimiser la gravité ? Est-ce que j’entretiens une inimitié ? Ai-je été injuste envers quelqu’un ? Est-ce que je néglige la prière ? Ai-je permis à une habitude nuisible d’occuper une place excessive dans ma vie ?
Il ne s’agit pas de vivre obsédés par nos défauts, mais de les reconnaître humblement et de rechercher les moyens appropriés pour les corriger.
La conversion chrétienne n’est pas une émotion passagère. Elle consiste à revenir à Dieu et à chercher à conformer de plus en plus nos décisions à sa volonté.
Troisième attitude : travailler pour la paix
Chaque fois que nous demandons la paix pendant la Messe, nous pouvons nous demander ce que nous pouvons faire pour la favoriser.
Il est peut-être nécessaire de demander pardon, d’écouter avec davantage de patience, d’éviter une dispute inutile ou de réparer une injustice.
À d’autres moments, travailler pour la paix peut exiger une action ferme : défendre une personne maltraitée, dénoncer une situation injuste ou établir des limites prudentes face à un comportement nuisible.
La paix chrétienne n’est ni de la lâcheté ni de l’indifférence. Elle est la recherche du véritable bien, dans la justice et la charité.
Quatrième attitude : vivre préparés à la rencontre avec le Christ
L’expression « dans l’attente de la venue glorieuse de notre Sauveur Jésus-Christ » nous rappelle que nous devons vivre dans une espérance vigilante.
Cela ne signifie pas passer nos journées à calculer quand viendra la fin du monde. Cela signifie vivre de telle manière que nous n’ayons pas à rougir d’avoir gaspillé notre vie loin de Dieu.
Nous pouvons nous poser les questions suivantes :
Si je devais aujourd’hui me présenter devant le Seigneur, que devrais-je changer ? Est-ce que j’accomplis mes obligations ? Est-ce que je traite ma famille avec charité ? Est-ce que je cherche à progresser dans les vertus ? Est-ce que je consacre du temps à la prière ? Est-ce que je me prépare à recevoir les sacrements avec les dispositions nécessaires ?
La mort et le jugement ne doivent pas devenir des instruments de désespoir, mais des rappels du sérieux de la vie et de notre besoin de la miséricorde divine.
Cinquième attitude : apprendre à prier avec l’Église
Participer à la Messe signifie entrer dans la prière publique de l’Église.
Nous ne sommes pas des spectateurs d’un acte religieux qui nous serait étranger. Nous sommes membres du Corps du Christ, appelés à unir nos intentions à la prière liturgique.
Lorsque le prêtre prononce l’embolisme, nous pouvons l’écouter attentivement et unir notre cœur à chaque demande.
Lorsque l’assemblée proclame l’acclamation finale, nous pouvons le faire avec foi, en reconnaissant que le Royaume, la puissance et la gloire appartiennent à Dieu.
Cette participation intérieure est particulièrement importante à une époque où les distractions permanentes peuvent transformer même les actes les plus sacrés en routines.
Nous n’avons pas besoin d’inventer de nouvelles formules ni de modifier la liturgie pour participer profondément. Souvent, il suffit de mieux comprendre ce que l’Église nous offre déjà.
13. Une brève méditation après la Messe
L’embolisme peut également inspirer une brève méditation personnelle après la fin de la célébration eucharistique.
Nous pouvons nous arrêter quelques instants et nous rappeler les trois grandes demandes qu’il contient :
- Seigneur, délivre-moi du mal et de tout ce qui m’éloigne de Toi.
- Accorde-moi la paix qui naît de ta grâce et apprends-moi à vivre dans la charité.
- Aide-moi à persévérer dans la foi tandis que j’attends la venue glorieuse de Jésus-Christ.
Nous pouvons ensuite garder le silence et examiner notre disposition intérieure.
Il n’est pas nécessaire de prolonger indéfiniment la prière. Quelques minutes d’attention sincère peuvent nous aider à intérioriser ce que nous avons célébré.
Le but n’est pas de transformer l’embolisme en une dévotion indépendante qui remplacerait la liturgie, mais de permettre à ses paroles de continuer à porter leurs fruits dans notre vie.
La célébration eucharistique s’achève, mais la mission du chrétien se poursuit dans le monde.
Nous sortons de l’église pour retrouver nos responsabilités, nos familles et nos tâches ordinaires. C’est là que nous devons nous efforcer de vivre ce que nous avons demandé devant l’autel.
14. Questions fréquentes sur l’embolisme
L’embolisme fait-il partie du Notre Père ?
Pas au sens strict. L’embolisme est une prière liturgique distincte qui développe la dernière demande du Notre Père. Les deux prières sont étroitement liées, mais elles ne doivent pas être confondues.
Pourquoi ne disons-nous pas « Amen » après le Notre Père pendant la Messe ?
Dans la forme ordinaire du rite romain, le Notre Père se poursuit par l’embolisme et l’acclamation du peuple. La structure liturgique ne place pas à cet endroit le « Amen » de la prière personnelle. Cela ne signifie pas que le Notre Père soit imparfait ou qu’il soit interdit de le conclure par « Amen » dans d’autres circonstances.
L’embolisme est-il une prière moderne ?
Non. La tradition consistant à développer la dernière demande du Notre Père possède des racines anciennes dans l’histoire de la liturgie chrétienne. Sa formulation et sa place rituelle ont connu des évolutions et des variantes au fil des siècles.
Est-il récité tous les jours ?
Il fait partie de la célébration habituelle de la Messe romaine, et non uniquement de certaines fêtes ou de certains temps liturgiques. Sa place correspond au rite de la communion.
Est-il identique dans la Messe traditionnelle en latin et dans la Messe réformée ?
Pas exactement. Les deux formes du rite romain comportent un embolisme, mais il existe des différences dans son texte, dans la manière dont il est récité et dans sa relation avec l’acclamation du peuple et la fraction de l’Hostie.
Que signifie « toute épreuve » ?
Cette expression désigne ce qui peut menacer la paix et la persévérance chrétiennes. Elle ne signifie pas que les croyants vivront nécessairement sans inquiétudes, sans maladies ni souffrances, mais qu’ils demandent à Dieu la protection et la force nécessaires pour demeurer fidèles.
Que signifie attendre la venue glorieuse de Jésus-Christ ?
Cela signifie vivre dans l’attente de l’accomplissement définitif du dessein salvifique de Dieu, lorsque le Christ se manifestera dans la gloire. Cette espérance nous appelle à la vigilance, à la conversion et à la charité, et non à spéculer sur des dates ou sur des événements supposés marquer la fin des temps.
Conclusion : du « Délivre-nous du mal » à l’espérance dans le Christ
L’embolisme est une prière brève, mais il renferme une richesse théologique extraordinaire.
Il nous enseigne que la demande « délivre-nous du mal » n’est pas une phrase secondaire du Notre Père. Elle exprime un besoin fondamental de l’existence chrétienne : nous avons besoin de la miséricorde de Dieu pour combattre le péché, persévérer dans la grâce, travailler pour la paix et garder vivante notre espérance.
Il nous aide également à comprendre pourquoi nous ne disons pas « Amen » immédiatement après le Notre Père dans la célébration romaine ordinaire. Dans la structure liturgique, la prière de Jésus-Christ se poursuit par une supplication qui développe sa dernière demande et culmine dans une acclamation de louange à Dieu.
L’Église nous apprend ainsi à prier non seulement avec nos sentiments personnels, mais également avec la sagesse spirituelle qu’elle a reçue et transmise au fil des siècles.
À une époque marquée par l’incertitude, la division et la tentation de rechercher la sécurité exclusivement dans les ressources humaines, l’embolisme nous rappelle que la véritable paix trouve sa source en Dieu et que notre espérance ultime ne réside dans aucun pouvoir temporel.
La vie chrétienne ne consiste pas à nier l’existence du mal, mais à le combattre par la grâce du Christ. Elle ne consiste pas à fuir les difficultés, mais à les traverser avec foi. Elle ne consiste pas à attendre passivement l’avenir, mais à vivre fidèlement le présent tandis que nous attendons la venue glorieuse du Sauveur.
Chaque fois que nous participons à la Sainte Messe, efforçons-nous d’écouter cette prière avec une attention renouvelée. Lorsque le prêtre demande que nous soyons libérés du péché, présentons au Seigneur nos faiblesses. Lorsqu’il implore la paix, prions pour la réconciliation des familles, l’harmonie entre les peuples et la paix de notre propre cœur. Et lorsque l’assemblée proclame que le Royaume, la puissance et la gloire appartiennent à Dieu, renouvelons notre confiance dans le fait que Jésus-Christ est le Seigneur de l’histoire.
Car le mal n’aura pas le dernier mot.
Le dernier mot appartient au Christ, mort et ressuscité, qui viendra dans la gloire pour mener son Royaume à son accomplissement.
Et tandis que nous attendons ce jour, l’Église continue à nous apprendre à demander avec humilité, confiance et persévérance :
Délivre-nous du mal, Seigneur ; accorde-nous ta paix et aide-nous à demeurer fidèles jusqu’au jour de ta venue. Amen.