« De là, Il viendra juger les vivants et les morts » : le septième article du Credo expliqué pour notre temps

Chaque dimanche, des millions de chrétiens récitent le Credo presque de mémoire. Les paroles sortent naturellement de leurs lèvres : « et Il reviendra dans la gloire pour juger les vivants et les morts… » Pourtant, peu de phrases du Credo suscitent aujourd’hui autant d’inconfort, de confusion, voire de silence, que celle-ci.

Parler du jugement de Dieu semble, pour beaucoup, quelque chose de dépassé. Nous vivons dans une époque qui tolère presque tout, sauf l’idée qu’il existe une vérité ultime sur le bien et le mal. On parle constamment d’estime de soi, de bien-être émotionnel ou de développement personnel, mais très peu de responsabilité morale, d’éternité ou de jugement.

Et pourtant, l’Église n’a jamais cessé d’enseigner cette vérité fondamentale : Jésus-Christ reviendra dans la gloire à la fin des temps et jugera toute l’humanité.

Il ne s’agit pas d’une menace inventée pour effrayer les consciences. Ce n’est pas non plus une image médiévale destinée à contrôler les gens. Le Jugement dernier appartient au cœur même de la foi chrétienne. Il se trouve dans l’Évangile, dans la prédication apostolique, chez les Pères de l’Église et dans le Credo professé depuis des siècles.

Le septième article du Credo nous oblige à regarder la vie depuis une perspective bien plus grande que le présent immédiat. Il nous rappelle que l’histoire a un sens, que le mal ne triomphera pas pour toujours, que l’injustice n’aura pas le dernier mot et que chaque acte humain possède un poids éternel.


Le Christ reviendra : une vérité oubliée

Le Catéchisme traditionnel enseigne :

« À la fin du monde, Jésus-Christ, plein de gloire et de majesté, viendra du ciel pour juger tous les hommes, les bons et les méchants, et donner à chacun la récompense ou le châtiment qu’il aura mérité. »

Cet enseignement repose directement sur les paroles du Christ :

« Alors on verra le Fils de l’homme venir sur les nuées du ciel avec puissance et grande gloire » (Mt 24,30).

La première venue du Christ fut humble. Il est né dans une mangeoire, a vécu caché pendant de nombreuses années et est mort cloué sur une croix. Beaucoup l’ont méprisé, se sont moqués de Lui et l’ont condamné injustement.

Mais la seconde venue sera complètement différente.

Il viendra comme Roi universel.
Il viendra comme Seigneur de l’histoire.
Il viendra comme Juge.

La tradition chrétienne appelle cet événement la Parousie, c’est-à-dire la manifestation glorieuse du Christ à la fin des temps.

Aujourd’hui, le monde vit comme si Jésus-Christ ne devait jamais revenir. La culture moderne est obsédée par le présent : consommer, produire, se divertir, se distraire. L’éternité disparaît de l’horizon mental. L’homme contemporain organise souvent toute sa vie comme s’il n’avait jamais à rendre compte devant qui que ce soit.

Mais le Credo brise cette illusion.

L’histoire humaine ne marche pas vers le vide. Elle marche vers une rencontre définitive avec le Christ.


Le jugement particulier et le jugement universel

À ce point surgit une question importante, à laquelle le Catéchisme traditionnel répond clairement :

Si chaque âme est jugée au moment de la mort, pourquoi y aura-t-il aussi un jugement universel ?

L’Église enseigne deux jugements :

1. Le jugement particulier

Il a lieu immédiatement après la mort.

L’âme comparaît devant le Christ et reçoit sa destinée éternelle :

  • le ciel,
  • le purgatoire,
  • ou l’enfer.

Il n’existe pas de réincarnation.
Il n’existe pas de « seconde chance » après la mort.
Il n’existe pas de dissolution de l’âme dans une énergie cosmique.

La vie présente est le temps de la décision.

Comme l’enseigne la Lettre aux Hébreux :

« Il est réservé aux hommes de mourir une seule fois, après quoi vient le jugement » (He 9,27).

2. Le jugement universel

Il aura lieu à la fin du monde, lorsque le Christ reviendra dans la gloire.

Alors toute l’humanité comparaîtra publiquement devant Lui.

Non parce que Dieu aurait besoin de plus d’informations — Dieu connaît déjà parfaitement chaque âme — mais parce que ce jugement aura une dimension universelle, visible et définitive.

Le Catéchisme indique cinq raisons profondes de ce jugement final.


1. Le jugement universel manifestera la gloire de Dieu

Nous vivons dans un monde où l’injustice semble souvent régner.

Les corrompus prospèrent.
Les violents réussissent.
Les menteurs sont admirés.
Les impurs sont célébrés.
Les fidèles sont ridiculisés.

Beaucoup se demandent :
« Où est la justice de Dieu ? »

Précisément, le Jugement dernier révélera que Dieu n’a jamais perdu le contrôle de l’histoire.

Alors on comprendra clairement :

  • pourquoi Il a permis certaines souffrances,
  • comment la grâce a agi secrètement,
  • quelles conséquences réelles ont eu nos décisions,
  • et comment Sa justice fut parfaite même lorsqu’elle semblait silencieuse.

Combien de fois les saints furent persécutés tandis que les méchants étaient loués. Pensons à tant de martyrs, de religieux, de mères sacrificielles, de prêtres fidèles ou de chrétiens cachés qui n’ont jamais reçu de reconnaissance humaine.

Le Jugement dernier sera la révélation publique de toute la vérité.

Rien ne restera caché.

Le Christ Lui-même a dit :

« Il n’y a rien de caché qui ne doive être découvert » (Lc 8,17).


2. Le jugement universel manifestera la gloire de Jésus-Christ

Cette partie est profondément émouvante.

Jésus-Christ a été jugé par les hommes.

L’Innocent fut traité comme coupable.
La Vérité elle-même fut condamnée.
L’Auteur de la vie fut exécuté.

Devant Pilate, Il semblait vaincu.
Devant Hérode, Il semblait ridicule.
Devant la foule, Il paraissait être un échec.

Mais le jugement universel renversera complètement la scène.

Ce Christ humilié apparaîtra comme le Juge souverain de l’univers.

Celui-là même qui fut couvert de crachats sera adoré.
Celui-là même qui fut couronné d’épines sera couronné de gloire.
Celui-là même qui fut condamné par les tribunaux humains jugera toute l’humanité.

Il y a ici un enseignement très actuel.

Notre culture essaie constamment de « juger » le Christ :

  • elle juge Sa morale,
  • elle juge Son Église,
  • elle juge Ses commandements,
  • elle juge l’Évangile.

L’homme moderne veut s’asseoir sur le trône de Dieu et décider ce qui est bien ou mal.

Mais le Credo nous rappelle quelque chose d’essentiel :
ce n’est pas nous qui jugeons définitivement le Christ ; c’est le Christ qui nous jugera.


3. Le jugement universel manifestera la gloire des saints

Beaucoup de saints sont morts incompris.

Certains furent considérés comme fous.
D’autres comme fanatiques.
D’autres comme inutiles.
D’autres comme des ratés.

Le monde comprend rarement la véritable sainteté.

Pensons à tant de :

  • moines cachés,
  • mères dévouées,
  • personnes âgées offrant leurs souffrances,
  • jeunes défendant la pureté,
  • prêtres persécutés,
  • chrétiens moqués pour être restés fidèles.

Aujourd’hui, les réseaux sociaux récompensent l’apparence, l’ego et l’exposition permanente de soi. Mais Dieu regarde autre chose : la fidélité silencieuse.

Le jugement universel révélera la véritable valeur de ces vies cachées.

Alors beaucoup de ceux qui semblaient insignifiants brilleront d’une gloire immense.

Et beaucoup de ceux qui semblaient importants seront démasqués.

Le Christ nous avait déjà avertis :

« Beaucoup de premiers seront derniers, et beaucoup de derniers seront premiers » (Mt 19,30).


4. Le jugement universel apportera la confusion des méchants

Ce point est particulièrement inconfortable pour la mentalité contemporaine, mais il fait partie de la doctrine chrétienne.

Le Catéchisme enseigne que la confusion des méchants sera immense, surtout pour ceux qui :

  • ont opprimé les justes,
  • ont feint la vertu,
  • ont manipulé les autres,
  • ou ont caché des vies gravement pécheresses sous des apparences respectables.

Nous vivons dans une culture profondément obsédée par l’image.

Beaucoup construisent des identités publiques soigneusement conçues :

  • des apparences de bonté,
  • des discours moralisateurs,
  • un activisme superficiel,
  • une spiritualité esthétique,
  • une vertu exhibée pour obtenir l’approbation sociale.

Mais Dieu voit le cœur.

Le jugement universel détruira tous les masques.

Il n’y aura pas de marketing personnel.
Il n’y aura pas de propagande.
Il n’y aura pas de manipulation médiatique.
Il n’y aura aucun moyen de cacher la vérité.

Cela ne devrait pas provoquer en nous une peur névrotique, mais plutôt un appel sincère à l’authenticité.

La sainteté ne consiste pas à paraître bon.
Elle consiste à être réellement transformé par la grâce.


5. Le corps participera lui aussi à la récompense ou au châtiment

Cette vérité est profondément chrétienne et très importante.

Nous ne sommes pas des âmes prisonnières de corps, comme le pensaient certaines philosophies antiques. L’être humain est une unité d’âme et de corps.

C’est pourquoi, à la fin des temps, aura également lieu la résurrection des morts.

Les corps ressusciteront :

  • pour la gloire éternelle,
  • ou pour la condamnation éternelle.

Nous comprenons ici quelque chose de décisif :
ce que nous faisons avec notre corps a de l’importance.

À une époque marquée par :

  • la banalisation de la sexualité,
  • le culte du plaisir,
  • la pornographie,
  • l’idéologie du genre,
  • l’exploitation du corps humain,
  • et la perte du sens de la dignité corporelle,

la doctrine chrétienne rappelle que le corps est destiné à l’éternité.

Le christianisme ne méprise pas le corps.
Il l’élève.

C’est pourquoi les saints accordaient tant d’importance à la pureté, à la modestie, au sacrifice et à la discipline corporelle. Ils savaient que le corps n’est ni un jouet ni un objet de consommation : il est le temple du Saint-Esprit.


Devons-nous craindre le Jugement dernier ?

La réponse dépend de la manière dont nous vivons.

Pour celui qui rejette obstinément Dieu, le jugement est terrible parce qu’il signifie faire enfin face à la vérité.

Mais pour celui qui aime sincèrement le Christ, le jugement est aussi une espérance.

Nous vivons dans un monde rempli d’injustices non résolues :

  • des victimes qui n’ont jamais obtenu justice,
  • des innocents oubliés,
  • des souffrances cachées,
  • des sacrifices ignorés.

Le Jugement dernier signifie que Dieu établira une justice parfaite.

Aucune bonne action ne restera sans récompense.
Aucune larme offerte par amour ne sera inutile.
Aucun acte de fidélité ne sera oublié.

Le problème est que nous voulons souvent un Christ Sauveur, mais pas un Christ Juge.

Nous voulons la miséricorde sans conversion.
Le réconfort sans repentir.
Le ciel sans la Croix.

Pourtant, la véritable miséricorde n’élimine pas la vérité. Elle la présuppose.


Le Jugement dernier et la vie quotidienne

Cette doctrine pourrait sembler appartenir uniquement au domaine de l’eschatologie ou des grands traités théologiques. Pourtant, elle a des conséquences très concrètes pour la vie quotidienne.

1. Elle nous aide à vivre avec responsabilité

Chaque acte possède une valeur éternelle.

Chaque décision compte.

La culture actuelle répète :
« Fais ce que tu veux. »
Mais l’Évangile enseigne :
« Vis en regardant l’éternité. »


2. Elle nous libère du cynisme

Beaucoup perdent l’espérance en voyant tant de corruption ou de mal.

Le Jugement dernier nous rappelle que le mal ne triomphera pas définitivement.

Le Christ aura le dernier mot.


3. Elle nous appelle à la conversion

Penser au jugement ne devrait pas produire le désespoir, mais un réveil spirituel.

L’Église a toujours recommandé de méditer sur les fins dernières :

  • la mort,
  • le jugement,
  • l’enfer,
  • la gloire éternelle.

Non pour vivre obsédés par la peur, mais pour apprendre à vivre avec sagesse.


4. Elle nous invite à l’authenticité

Dieu ne regarde pas les apparences.

Nous pouvons tromper le monde.
Nous pouvons même tromper ceux qui nous sont proches.
Mais nous ne pouvons pas tromper le Christ.


Un appel urgent pour notre temps

L’une des grandes tragédies spirituelles de notre époque est peut-être d’avoir perdu le sens de l’éternité.

Beaucoup de baptisés vivent pratiquement comme des païens :

  • sans prière,
  • sans sacrements,
  • sans examen de conscience,
  • sans jamais penser au jugement de Dieu.

Et pourtant, le Credo continue d’être proclamé chaque dimanche.

Le Christ reviendra.

Nous ne savons pas quand.
Nous ne savons pas exactement comment sera ce jour.
Mais nous savons avec certitude qu’il viendra.

Et alors une seule chose demeurera :
avoir vécu unis à Dieu ou séparés de Lui.


Conclusion : vivre préparés

Le septième article du Credo n’est pas une annonce de terreur. C’est une proclamation de vérité et d’espérance.

L’histoire humaine ne finit pas dans le chaos.
La souffrance n’est pas absurde.
L’injustice n’aura pas la victoire définitive.
Le Christ règne.
Et le Christ reviendra.

C’est pourquoi le chrétien ne vit pas terrifié, mais vigilant.

Comme l’enseignaient tant de saints :
il faut vivre chaque jour de telle manière que nous puissions regarder le Christ sans honte lorsqu’Il viendra.

La meilleure préparation au Jugement dernier n’est pas la peur, mais l’amitié avec Jésus :

  • se confesser,
  • vivre en état de grâce,
  • pratiquer la charité,
  • persévérer dans la prière,
  • rester fidèle à la vérité,
  • et aimer Dieu par-dessus tout.

Car le Juge qui viendra à la fin des temps est le même qui est mort sur la Croix pour nous.

Et pour celui qui a essayé de vivre uni à Lui, le Jugement dernier ne sera pas la rencontre avec un inconnu, mais l’étreinte définitive du Seigneur.

À propos catholicus

Pater noster, qui es in cælis: sanc­ti­ficétur nomen tuum; advéniat regnum tuum; fiat volúntas tua, sicut in cælo, et in terra. Panem nostrum cotidiánum da nobis hódie; et dimítte nobis débita nostra, sicut et nos dimíttimus debitóribus nostris; et ne nos indúcas in ten­ta­tiónem; sed líbera nos a malo. Amen.

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Le prix infini de notre rédemption et le mystère bouleversant de la Croix Il y …

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