Christianisme naturel, christianisme sans le Christ : quand la foi devient une simple collection de valeurs humaines

Introduction : et si nous avions conservé les valeurs en perdant l’Évangile ?

Il existe une forme de christianisme qui peut sembler extraordinairement attrayante à l’homme moderne.

Elle parle d’amour.
Elle parle de solidarité.
Elle parle de fraternité.
Elle parle de justice.
Elle parle d’accueil.
Elle parle de paix.
Elle parle de dignité humaine.
Elle parle de prendre soin de ceux qui sont dans le besoin.

Et pourtant, quelque chose de profondément paradoxal peut se produire : elle peut parler de presque tout ce que le christianisme enseigne sans parler réellement du Christ.

On pourrait appeler ce phénomène « christianisme naturel » ou « christianisme naturalisé », en comprenant ici cette expression non pas dans son sens catholique de loi naturelle, mais comme la réduction du christianisme à ce que l’homme peut comprendre, admirer et accomplir par ses propres capacités naturelles.

Dans cette version réduite, Jésus-Christ apparaît principalement comme un grand maître de morale. L’Évangile devient un programme pour la coexistence sociale. L’Église devient une institution consacrée à la promotion de certaines valeurs. La conversion devient le fait de « devenir une meilleure personne ». La sainteté se confond avec la respectabilité morale. La charité surnaturelle est réduite à la solidarité. La prière devient une forme de bien-être spirituel. Les sacrements apparaissent comme des symboles communautaires. La liturgie est interprétée comme une célébration culturelle.

Et alors surgit une question inconfortable :

Si nous supprimons la grâce, la Rédemption, le péché, la Croix, la Résurrection, les sacrements, la vie éternelle et la nécessité de la conversion, que reste-t-il réellement du christianisme ?

Il reste quelque chose de bon.

Mais il ne reste pas le christianisme dans sa plénitude.

Car le christianisme n’a pas commencé lorsque quelques hommes ont décidé qu’il serait bénéfique de promouvoir la fraternité.

Il a commencé lorsque Dieu est entré dans l’histoire.

Il n’est pas né d’une théorie éthique.

Il est né d’un événement.

« Et le Verbe s’est fait chair, et il a habité parmi nous » (Jn 1,14).

Cette affirmation contient une révolution qu’aucune philosophie morale ne peut remplacer.

Le christianisme n’est pas, avant tout, un système de valeurs.

C’est la réponse de l’homme à un Dieu qui s’est révélé, qui est venu à la rencontre de l’humanité, qui a assumé notre nature, qui est mort pour nos péchés et qui est ressuscité pour nous ouvrir les portes de la vie éternelle.


1. Le grand malentendu : confondre christianisme et humanisme

L’un des plus grands défis pastoraux de notre époque consiste à distinguer l’humanisme chrétien du simple humanisme séculier.

Le christianisme a certainement des conséquences extraordinairement humanisantes.

La foi chrétienne défend la dignité de toute personne parce que tout être humain a été créé à l’image de Dieu.

Elle défend la vie parce que la vie est un don de Dieu.

Elle défend les pauvres parce que le Christ s’identifie mystérieusement aux petits et à ceux qui sont dans le besoin.

Elle défend la famille parce qu’il existe un ordre voulu par le Créateur.

Elle défend la justice parce que Dieu est juste.

Elle défend la vérité parce que le Christ lui-même est la Vérité.

Mais le raisonnement chrétien ne fonctionne pas dans l’autre sens.

Nous ne disons pas :

« Parce que la solidarité est bonne, le christianisme est donc bon. »

Nous disons :

« Parce que Dieu est bon et qu’il nous a aimés dans le Christ, la vie chrétienne produit nécessairement l’amour, la justice, la miséricorde et le service. »

La différence peut sembler minime.

Elle ne l’est pas.

Dans le premier cas, le christianisme finit par devenir un instrument destiné à promouvoir des valeurs qui pourraient être défendues à partir d’autres philosophies.

Dans le second, les valeurs chrétiennes proviennent de quelque chose d’infiniment plus profond :

la participation de l’homme à la vie de Dieu.


2. L’Église n’a jamais enseigné que la raison était l’ennemie de la foi

Il faut ici introduire une clarification théologique fondamentale.

Critiquer le « christianisme naturalisé » ne signifie pas mépriser la nature humaine, la raison ou la loi naturelle, qui font toutes partie intégrante de la doctrine catholique.

L’Église catholique enseigne précisément le contraire.

La raison humaine peut connaître des vérités fondamentales sur Dieu et sur l’ordre moral. L’homme peut découvrir par son intelligence que des biens objectifs existent, que certaines actions sont moralement bonnes et d’autres mauvaises, et qu’il existe un ordre moral inscrit dans la nature humaine elle-même.

Saint Paul l’exprime clairement lorsqu’il parle des païens qui, même sans posséder la Loi mosaïque, montrent que l’œuvre de la loi est écrite dans leurs cœurs :

« Ils montrent que l’œuvre de la loi est écrite dans leurs cœurs » (Rm 2,15).

La tradition catholique a développé profondément cette doctrine.

La loi naturelle est réelle.

La raison est réelle.

La morale objective est réelle.

La dignité humaine est réelle.

Mais c’est précisément ici que le christianisme naturalisé commet son erreur :

il confond ce que la raison humaine peut connaître avec ce qui ne peut être reçu que par la Révélation et la grâce.

La raison peut reconnaître que nous devons aimer notre prochain.

Mais la Révélation révèle quelque chose d’infiniment plus profond :

que nous devons aimer notre prochain comme le Christ nous a aimés.

La raison peut comprendre que nous devons pardonner.

Mais l’Évangile révèle le mystère d’un Dieu qui pardonne nos péchés à travers la Croix.

La raison peut reconnaître la dignité humaine.

Mais le christianisme annonce que l’homme est appelé à une dignité infiniment plus grande :

participer à la vie divine.


3. La distinction décisive : nature et grâce

Toute cette question peut être comprise à travers une distinction fondamentale de la théologie catholique :

la nature et la grâce ne sont pas la même chose.

La nature humaine est bonne parce qu’elle a été créée par Dieu.

Mais elle est blessée par le péché.

Et, de plus, elle a été élevée par Dieu à une destinée surnaturelle.

Cela signifie que l’homme n’est pas simplement appelé à « être une bonne personne ».

Il est appelé à être saint.

Il n’est pas simplement appelé à s’améliorer psychologiquement.

Il est appelé à vivre en communion avec Dieu.

Il n’est pas simplement appelé à construire une société plus juste.

Il est appelé à participer éternellement à la vie divine.

Nous trouvons ici le cœur du problème.

Le christianisme naturalisé parle souvent de l’amélioration de l’homme.

Le christianisme surnaturel parle de sa transformation par la grâce.

Ces deux réalités sont liées, mais elles ne sont pas identiques.

Un homme peut être éduqué, aimable, généreux, travailleur, charitable et honnête sans avoir reçu la foi chrétienne.

Il peut posséder d’admirables vertus naturelles.

Mais la vie surnaturelle est une autre réalité.

La grâce sanctifiante est une participation créée à la vie divine.

Par conséquent, le but ultime de l’existence chrétienne n’est pas de devenir une version améliorée de nous-mêmes.

C’est d’entrer en communion avec Dieu.


4. Pourquoi le Christ serait-il mort si nous avions seulement besoin de bons conseils ?

Cette question devrait résonner dans toute la catéchèse contemporaine.

Si le problème de l’homme consistait simplement à avoir besoin de meilleures valeurs, alors un excellent professeur aurait suffi.

Nous pourrions écouter le Christ.

Nous pourrions l’admirer.

Nous pourrions appliquer ses enseignements.

Mais l’Évangile annonce quelque chose d’infiniment plus dramatique.

L’homme a besoin d’être sauvé.

Le péché n’est pas simplement une erreur.

Ce n’est pas seulement une déficience éducative.

Ce n’est pas simplement un comportement malsain.

C’est une rupture avec Dieu.

Le péché affecte profondément la relation de l’homme avec son Créateur.

C’est pourquoi le Christ n’est pas venu simplement pour nous enseigner.

Il est venu pour nous racheter.

La Croix n’est pas une illustration pédagogique de la solidarité.

C’est le sacrifice rédempteur du Christ.

La Résurrection n’est pas une métaphore de l’espérance.

C’est un événement réel qui inaugure une nouvelle création.

L’Église n’est pas simplement une association de personnes partageant certaines valeurs.

Elle est le Corps mystique du Christ.

Les sacrements ne sont pas simplement des symboles culturels.

Ce sont des signes efficaces de la grâce.

L’Eucharistie n’est pas simplement un repas communautaire.

C’est le Sacrement du Corps et du Sang du Christ.

Et la Confession n’est pas simplement une conversation thérapeutique.

C’est le sacrement par lequel le Christ, à travers le ministère de l’Église, pardonne les péchés.

Lorsque cette dimension surnaturelle est supprimée, l’édifice chrétien peut conserver nombre de ses murs.

Mais ses fondations ont été perdues.


5. « Jésus était un grand homme » : une affirmation insuffisante

L’une des affirmations les plus courantes de notre époque est probablement :

« Jésus était un grand homme. »

Cette affirmation semble respectueuse.

Mais, théologiquement, elle est radicalement insuffisante.

Jésus n’est pas simplement un grand homme.

Il est vrai Dieu et vrai homme.

Il n’est pas simplement un maître de morale.

Il est le Verbe éternel fait chair.

Il n’est pas venu simplement pour nous apprendre à vivre.

Il est venu nous révéler le Père et nous réconcilier avec lui.

C’est pourquoi réduire Jésus à une référence éthique modifie fondamentalement l’identité du christianisme.

Nous pouvons admirer Socrate.

Nous pouvons étudier Aristote.

Nous pouvons apprendre de Sénèque.

Nous pouvons respecter de grands réformateurs sociaux.

Mais le Christ est totalement différent.

Le Christ ne dit pas simplement :

« Voici une doctrine intéressante. »

Il dit :

« Je suis le chemin, la vérité et la vie » (Jn 14,6).

Il ne dit pas seulement :

« Apprenez de mes enseignements. »

Il dit :

« Venez, suivez-moi. »

Il ne présente pas simplement un code.

Il se présente lui-même.

Voilà le scandale et la beauté du christianisme.


6. Le christianisme ne consiste pas simplement à « être une bonne personne »

Cette réduction est particulièrement dangereuse parce qu’elle paraît inoffensive.

« Je suis une bonne personne. »

« J’essaie de ne faire de mal à personne. »

« J’aide les gens chaque fois que je le peux. »

« Je n’ai pas besoin d’aller à la messe pour être quelqu’un de bien. »

« Dieu sait que j’ai un bon cœur. »

Naturellement, l’homme doit s’efforcer de faire le bien.

Mais le christianisme ne peut pas être réduit à cela.

Car la question fondamentale n’est pas seulement :

« Suis-je une personne correcte ? »

La question chrétienne est :

« Suis-je uni au Christ ? »

La vie éternelle ne consiste pas simplement à recevoir une récompense pour avoir respecté certaines normes sociales.

Elle consiste dans la communion éternelle avec Dieu.

Et cette communion commence déjà ici-bas par la grâce.

C’est pourquoi l’Église ne prêche pas seulement la morale.

Elle prêche la conversion.

Elle prêche la foi.

Elle prêche le Baptême.

Elle prêche la pénitence.

Elle prêche l’Eucharistie.

Elle prêche la prière.

Elle prêche la sainteté.

Elle prêche la Croix.

Elle prêche la Résurrection.

Elle prêche le jugement.

Elle prêche le ciel.

Et elle avertit également de la possibilité réelle de rejeter définitivement Dieu.

Tout cela est inconfortable pour une culture qui préfère un christianisme thérapeutique, positif et peu exigeant.

Mais précisément pour cette raison, il est nécessaire de revenir à l’Évangile.


7. Lorsque « amour » cesse de signifier conversion

Un autre symptôme du christianisme naturalisé est l’emploi du mot amour sans contenu surnaturel.

« Dieu est amour. »

C’est vrai.

Mais l’amour chrétien ne signifie pas simplement une approbation émotionnelle.

Le véritable amour cherche le bien de celui qui est aimé.

Et le bien suprême de l’homme est Dieu.

Par conséquent, aimer le pécheur ne signifie pas affirmer que tous ses comportements sont bons.

Le Christ aime le pécheur précisément parce qu’il veut le sauver.

Dans l’Évangile, nous trouvons une combinaison que notre époque peine à maintenir :

la miséricorde et la vérité.

Le Christ pardonne.

Mais il appelle aussi à la conversion.

Le Christ accueille.

Mais il dit également :

« Va, et désormais ne pèche plus » (Jn 8,11).

La miséricorde sans la vérité devient permissivité.

La vérité sans la charité peut devenir dureté.

Le christianisme maintient les deux ensemble.


8. La Croix est le grand élément que le christianisme naturalisé ne sait pas où placer

Il existe une raison pour laquelle le christianisme naturalisé préfère parler de valeurs et évite de parler de sacrifice.

La Croix est inconfortable.

La Croix nous rappelle que le péché existe.

Elle nous rappelle que l’homme a besoin de conversion.

Elle nous rappelle que le salut a un prix.

Elle nous rappelle que suivre le Christ implique le renoncement.

Elle nous rappelle que tout désir ne doit pas nécessairement devenir un droit.

Elle nous rappelle qu’il existe une différence entre notre volonté et la volonté de Dieu.

Le Christ n’a pas promis :

« Vous serez heureux si vous suivez vos désirs. »

Il a dit :

« Si quelqu’un veut venir à ma suite, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive » (Mt 16,24).

Ces paroles sont profondément contre-culturelles.

La société enseigne :

« Réalise-toi. »

Le Christ dit :

« Renonce à toi-même. »

La culture dit :

« Fais tout ce que tu ressens. »

Le Christ dit :

« Suis-moi. »

La culture dit :

« Ta liberté consiste à choisir tout ce que tu veux. »

Le christianisme répond :

la véritable liberté consiste à pouvoir choisir le bien.


9. Le christianisme naturalisé et la culture du développement personnel

Il existe également une version particulièrement moderne du christianisme naturalisé : le christianisme transformé en développement personnel spirituel.

Dieu apparaît comme une sorte de thérapeute céleste.

La prière sert à nous faire sentir mieux.

L’Église sert à fournir une communauté.

La Bible sert à fournir des pensées positives.

Jésus sert d’inspiration.

La religion devient une technique de bien-être émotionnel.

Mais l’Évangile ne promet pas simplement que nous nous sentirons mieux.

Il promet quelque chose de beaucoup plus grand et beaucoup plus exigeant :

que nous serons transformés.

Parfois Dieu nous console.

Parfois il nous accorde la paix.

Mais il peut aussi nous conduire sur des chemins de purification, de sacrifice et de souffrance.

Les saints l’ont parfaitement compris.

Sainte Thérèse d’Avila, saint Jean de la Croix, saint Ignace de Loyola, saint François d’Assise et tant d’autres n’ont pas recherché une religion confortable.

Ils ont cherché Dieu.

Et ils ont découvert que le chemin vers lui passe nécessairement par la conversion du cœur.


10. Les sacrements ne sont pas des accessoires

Une conséquence pratique du christianisme naturalisé est que les sacrements commencent à apparaître comme secondaires.

« Ce qui compte, c’est de croire. »

« Ce qui compte, c’est d’aimer. »

« Ce qui compte, c’est d’aider. »

Mais il faut poser une question :

Pourquoi le Christ a-t-il voulu une Église sacramentelle ?

Parce que Dieu ne sauve pas l’homme comme s’il était un esprit désincarné.

L’homme est corps et âme.

C’est pourquoi Dieu utilise des signes visibles pour communiquer une grâce invisible.

L’eau du Baptême.

Le pain et le vin de l’Eucharistie.

L’imposition des mains.

L’onction.

Le mariage.

La confession.

Les sacrements appartiennent à la structure même de l’économie du salut.

Ils ne sont donc pas de simples cérémonies.

Ce sont des rencontres avec le Christ.

Un christianisme qui conserve les valeurs mais abandonne les sacrements risque de devenir une sorte de stoïcisme christianisé.

Il peut continuer à parler de vertu.

Mais il ne vit plus de la grâce.


11. L’Eucharistie, à elle seule, déconstruit le christianisme purement naturel

Pensons à l’Eucharistie.

Si le christianisme était simplement une éthique, il suffirait de se souvenir des enseignements de Jésus.

Mais le Christ a voulu nous laisser quelque chose d’infiniment plus profond :

sa présence réelle.

L’Eucharistie nous oblige à abandonner une vision purement naturelle de la religion.

L’autel n’est pas simplement une table symbolique.

La Messe n’est pas simplement une réunion.

La liturgie n’est pas simplement une activité communautaire.

Dans la célébration eucharistique, l’Église participe sacramentellement au sacrifice du Christ.

Par conséquent, la vie chrétienne ne peut pas être réduite à « faire le bien ».

Nous devons d’abord apprendre à recevoir de Dieu.

La vie chrétienne naît de la grâce.

Ensuite, elle se traduit en œuvres.


12. « Sans moi, vous ne pouvez rien faire »

Le Christ a prononcé une phrase qui devrait servir de vaccin permanent contre le pélagianisme :

« Sans moi, vous ne pouvez rien faire » (Jn 15,5).

Le pélagianisme, en termes simplifiés, consiste à exagérer la capacité de l’homme à atteindre le salut par ses propres forces.

Le christianisme catholique enseigne autre chose.

La grâce est nécessaire.

Nous ne sommes pas sauvés exclusivement par notre capacité morale.

Nous avons besoin du Christ.

Nous avons besoin de la grâce.

Nous avons besoin de l’Église.

Nous avons besoin des sacrements.

Nous avons besoin de la prière.

Nous avons besoin de la conversion.

Cela ne signifie pas que nos œuvres sont sans importance.

Bien au contraire.

La grâce transforme notre capacité d’agir.

Mais le chrétien ne peut pas dire :

« Je peux me sauver simplement en étant une bonne personne. »

La réponse de l’Évangile est :

tu as besoin du Christ.


13. L’erreur opposée : nous ne devons pas non plus mépriser les bonnes œuvres

Ici, nous devons éviter un autre extrême.

Critiquer le christianisme naturalisé ne signifie pas affirmer que les bonnes œuvres sont sans importance.

Bien au contraire.

Le Christ est absolument clair :

« C’est à leurs fruits que vous les reconnaîtrez » (Mt 7,16).

La grâce produit des fruits.

La véritable foi transforme l’existence.

Le chrétien qui parle constamment de doctrine mais qui n’a pas de charité contredit l’Évangile.

Saint Paul l’exprime avec une force extraordinaire :

« Si je n’ai pas l’amour, je ne suis rien » (1 Co 13,2).

Le problème n’est donc pas de faire de bonnes œuvres.

Le problème est de séparer les bonnes œuvres de leur source surnaturelle.

La charité chrétienne ne consiste pas simplement en philanthropie.

Elle est l’amour de Dieu répandu dans le cœur.

La solidarité peut être naturelle.

La charité est surnaturelle.

La différence réside dans la racine.


14. La charité n’est pas la même chose que la philanthropie

Nous pouvons formuler simplement la distinction :

La philanthropie aide l’homme parce qu’elle reconnaît en lui une valeur humaine.

La charité aime l’homme parce qu’elle reconnaît en lui une créature aimée de Dieu et, en un certain sens, le Christ lui-même.

C’est pourquoi la charité peut atteindre des extrêmes qu’une simple éthique naturelle peut difficilement expliquer.

Pardonner à son ennemi.

Prier pour ceux qui nous persécutent.

Donner sans rien attendre en retour.

Accepter la souffrance par amour.

Offrir des sacrifices pour la conversion des autres.

Aimer quelqu’un envers qui nous n’éprouvons naturellement aucune sympathie.

Tout cela devient compréhensible lorsque nous réalisons que la vie chrétienne ne naît pas seulement de notre sympathie naturelle.

Elle vient de Dieu.


15. La grâce ne détruit pas la nature : elle l’élève

L’une des grandes contributions de la théologie catholique est précisément d’éviter deux erreurs opposées.

D’une part :

le naturalisme : tout peut être expliqué et réalisé à travers les capacités humaines.

D’autre part :

le mépris de la nature : comme si tout ce qui est humain était mauvais.

La tradition catholique enseigne quelque chose de beaucoup plus beau :

la grâce perfectionne la nature.

La nature humaine est bonne, bien qu’elle soit blessée.

La raison est bonne.

L’intelligence est bonne.

La liberté est bonne.

Le corps est bon.

La sexualité, dans l’ordre voulu par Dieu, est bonne.

Le mariage est bon.

La culture est bonne.

Le travail est bon.

La politique peut être bonne.

La science peut être bonne.

Mais aucune de ces réalités ne peut devenir un substitut de Dieu.

Le christianisme ne détruit pas ce qui est humain.

Il l’ordonne vers Dieu.


16. Comment cette tendance à naturaliser le christianisme est-elle apparue ?

La tentation est ancienne.

Dès les premiers siècles, l’Église a dû défendre la dimension surnaturelle de la foi contre différentes formes de réductionnisme.

Le christianisme a toujours dû expliquer que le Christ n’était pas simplement un maître de morale.

Les Pères de l’Église ont insisté sur la divinité du Christ.

Les grands conciles ont défendu sa véritable humanité et sa véritable divinité.

La théologie médiévale a approfondi la relation entre nature et grâce.

Saint Thomas d’Aquin a montré que la raison et la Révélation ne se contredisent pas.

La Réforme et la Contre-Réforme ont soulevé de nouvelles questions concernant la grâce, la justification et la liberté.

La modernité a introduit un défi encore plus grand :

la possibilité de construire une vision du monde sans référence à Dieu.

À partir de là, la culture occidentale a progressivement commencé à conserver certains éléments hérités du christianisme tandis que son fondement théologique s’affaiblissait.

Et une situation paradoxale est apparue :

une société pouvait continuer à parler de dignité, d’égalité, de fraternité, de droits, de solidarité et de justice tout en rejetant la vision chrétienne du monde qui avait contribué de manière décisive à façonner historiquement nombre de ces concepts.

Cela a produit un christianisme culturel de plus en plus séparé de la foi.


17. Le christianisme culturel : lorsque la forme demeure et que la substance disparaît

Le christianisme culturel peut survivre pendant des générations.

Baptêmes.

Premières Communions.

Mariages.

Noël.

Semaine sainte.

Processions.

Chants de Noël.

Images religieuses.

Fêtes patronales.

Mais si tout cela perd son lien avec la foi, il peut ne rester qu’une tradition culturelle.

Le problème n’est pas que la culture chrétienne soit mauvaise.

Au contraire.

C’est un héritage extraordinaire.

Le problème apparaît lorsque la culture remplace la foi.

Nous pouvons conserver le sapin de Noël et oublier le Christ.

Nous pouvons conserver les processions et oublier la conversion.

Nous pouvons conserver les églises et oublier le culte.

Nous pouvons conserver les mots chrétiens et les vider de leur contenu.

Nous pouvons parler d’amour et éliminer la vérité.

Nous pouvons parler de miséricorde et éliminer le péché.

Nous pouvons parler de dignité et éliminer Dieu.

Nous pouvons parler de Jésus et oublier qu’il est Seigneur.


18. Un christianisme « sans péché »

Il existe des mots que notre époque trouve particulièrement inconfortables.

L’un d’eux est :

le péché.

Sans péché, nous n’avons pas besoin de Rédempteur.

Sans péché, nous n’avons pas besoin de conversion.

Sans péché, nous n’avons pas besoin de Confession.

Sans péché, la Croix devient une tragédie absurde.

Par conséquent, éliminer le péché conduit inévitablement à la naturalisation du christianisme.

Si l’homme a simplement besoin de « grandir », le Christ est un maître.

Si l’homme a besoin d’être « sauvé », le Christ est le Sauveur.

La différence est immense.

L’Évangile commence précisément par un appel :

« Convertissez-vous et croyez à l’Évangile » (Mc 1,15).

La conversion n’est pas une thérapie pour l’estime de soi.

C’est le retour vers Dieu.

C’est reconnaître que notre vie ne nous appartient pas absolument.

C’est abandonner le péché.

C’est accepter la grâce.

C’est recommencer.


19. Pourquoi le christianisme naturalisé est-il si attirant ?

Parce qu’il est confortable.

Il nous permet de conserver une identité chrétienne sans en accepter toutes les conséquences.

Il nous permet de dire :

« Je suis chrétien parce que je crois en l’amour. »

Mais sans parler de doctrine.

Il nous permet de défendre la solidarité sans parler de conversion.

Il nous permet d’admirer Jésus sans accepter ses commandements.

Il nous permet de parler de miséricorde sans parler de jugement.

Il nous permet de parler de dignité sans parler de Dieu.

Il nous permet de parler de fraternité sans parler du péché.

Il nous permet d’avoir une religion sans avoir à changer profondément notre vie.

Et ici surgit l’une des grandes questions pastorales de notre temps :

Formons-nous des disciples ou simplement des personnes qui éprouvent de la sympathie pour certaines valeurs chrétiennes ?

Car Jésus n’a pas dit :

« Allez et apprenez aux gens à m’admirer. »

Il a dit :

« Allez donc, de toutes les nations faites des disciples » (Mt 28,19).

Des disciples.

Pas des spectateurs.

Pas des admirateurs.

Pas des consommateurs religieux.

Des disciples.


20. Le christianisme naturalisé et le smartphone

Ce problème apparaît également dans le monde numérique.

Les réseaux sociaux sont remplis de contenus qui utilisent le langage chrétien.

Citations de Jésus.

Images de saints.

Messages sur l’amour.

Réflexions sur la paix.

Vidéos religieuses.

Mais une phrase chrétienne ne produit pas nécessairement une vie chrétienne.

Nous pouvons partager vingt citations bibliques et ne jamais prier.

Nous pouvons publier des images de saints et ne jamais aller à Confession.

Nous pouvons discuter de théologie pendant des heures et ne pas aimer notre prochain.

Nous pouvons défendre publiquement la morale chrétienne et vivre secrètement dans le péché.

L’algorithme peut transformer même la religion en contenu.

Mais le Christ n’est pas venu pour devenir du contenu.

Il est venu pour devenir notre vie.


21. La différence entre consommer du contenu religieux et vivre la foi

Cette distinction est cruciale pour la pastorale contemporaine.

Consommer du contenu religieux peut être bon.

Lire de la théologie est bon.

Écouter des homélies est bon.

Regarder des documentaires sur les saints peut être bon.

Suivre des comptes catholiques peut être bon.

Mais rien de tout cela ne remplace :

  • la prière ;
  • la Confession ;
  • la Sainte Messe ;
  • l’adoration eucharistique ;
  • la lecture de l’Écriture Sainte ;
  • l’examen de conscience ;
  • la pénitence ;
  • la charité ;
  • le combat contre le péché ;
  • la vie sacramentelle.

Le christianisme ne se vit pas principalement sur un écran.

Il se vit devant Dieu.


22. Le chrétien n’est pas simplement appelé à être « bon » : il est appelé à être saint

Cette distinction mérite d’être gravée dans nos cœurs.

Une bonne personne peut éviter de nombreux péchés.

Un saint cherche, en plus, une union toujours plus profonde avec Dieu.

Une bonne personne peut être généreuse.

Un saint apprend à aimer à travers le Christ.

Une bonne personne peut respecter des règles.

Un saint cherche la volonté de Dieu.

Une bonne personne peut avoir une vie moralement ordonnée.

Un saint veut que toute son existence soit offerte à Dieu.

La sainteté est bien plus que la correction morale.

C’est une transformation intérieure.

C’est pourquoi saint Paul ne dit pas simplement :

« Soyez meilleurs. »

Il dit :

« Ce n’est plus moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi » (Ga 2,20).

Nous trouvons ici le cœur de la vie surnaturelle.

Il ne s’agit pas simplement d’ajouter des comportements religieux à une existence naturelle.

Il s’agit de permettre au Christ de transformer toute notre existence.


23. L’Église n’est pas une ONG religieuse

L’Église peut accomplir des œuvres sociales extraordinaires.

Elle le fait depuis des siècles.

Hôpitaux.

Écoles.

Universités.

Orphelinats.

Assistance aux pauvres.

Missions.

Soins aux malades.

Aide aux persécutés.

Mais si l’Église n’était qu’une organisation humanitaire, nous pourrions la remplacer par une ONG.

L’Église existe parce qu’elle possède une mission incomparable :

annoncer le Christ et communiquer le salut.

L’aide matérielle est nécessaire.

Mais l’homme a besoin de plus que de pain.

Il a besoin de Dieu.

C’est pourquoi le Christ, tout en nourrissant les foules, annonce également le Pain de Vie.

L’Église ne doit pas choisir entre évangélisation et charité.

Elle doit accomplir les deux.

Parce que la charité chrétienne naît de la foi et conduit vers Dieu.


24. Le véritable problème pastoral : proposer un christianisme sans exigences

Une approche pastorale qui cherche uniquement à faire sentir les gens à l’aise risque d’oublier que l’Évangile nous met aussi mal à l’aise.

Le Christ console.

Mais le Christ corrige aussi.

Le Christ embrasse.

Mais le Christ nous appelle également à tout laisser derrière nous.

Le Christ pardonne.

Mais il exige aussi :

« Va et ne pèche plus désormais. »

Une véritable pastorale de la miséricorde ne cache pas la vérité.

Elle l’annonce avec charité.

Un médecin qui aime son patient ne lui dit pas :

« Vous n’avez aucune maladie. »

Il lui dit la vérité afin qu’il puisse être guéri.

De même, l’Église n’aime pas l’homme en lui disant que le péché n’a pas d’importance.

Elle l’aime en annonçant que la grâce est plus puissante que le péché.


25. Le christianisme surnaturel n’est pas une fuite du monde

Une autre incompréhension fréquente consiste à penser que défendre la dimension surnaturelle signifie mépriser le monde.

Non.

Le chrétien vit profondément dans le monde.

Il travaille.

Il fonde une famille.

Il participe à la société.

Il étudie.

Il fait de la recherche.

Il crée de l’art.

Il fait de la science.

Il participe à la politique.

Il aide ceux qui sont dans le besoin.

Mais il le fait avec une conscience différente :

ce monde n’est pas Dieu.

Et il n’est pas non plus notre patrie définitive.

Saint Paul l’exprime ainsi :

« Notre cité à nous est dans les cieux » (Ph 3,20).

Cette vérité ne nous rend pas moins responsables du monde.

Elle nous rend plus responsables.

Parce que nous savons que nos vies ont une destinée éternelle.


26. Comment reconnaître le christianisme naturalisé ?

Nous pouvons poser quelques questions simples.

Première question : parle-t-on du Christ ou seulement des valeurs ?

Si Jésus apparaît uniquement comme une inspiration morale, il y a un problème.

Deuxième question : parle-t-on du péché ?

Si tout est expliqué à travers des « erreurs », des « processus » ou des « circonstances », la catégorie biblique du péché a peut-être été perdue.

Troisième question : la conversion est-elle prêchée ?

L’Évangile nous appelle toujours à la conversion.

Quatrième question : parle-t-on de la grâce ?

Si tout dépend de nos capacités, nous sommes face à une réduction naturaliste.

Cinquième question : parle-t-on des sacrements ?

La vie chrétienne est sacramentelle.

Sixième question : parle-t-on de la vie éternelle ?

Le christianisme regarde en définitive vers la communion éternelle avec Dieu.

Septième question : la Croix occupe-t-elle une place centrale ?

Si la Croix disparaît, quelque chose d’essentiel a été perdu.

Huitième question : le Christ est-il présenté comme Sauveur ou simplement comme maître ?

La réponse révèle immédiatement quel type de christianisme nous proclamons.


27. Comment pouvons-nous retrouver le christianisme surnaturel ?

La réponse n’est pas d’abandonner la raison ni de rejeter la culture.

Il s’agit de revenir au centre.

Et le centre, c’est le Christ.

Pas une idéologie.

Pas une esthétique.

Pas la nostalgie.

Pas une identité politique.

Pas une guerre culturelle.

Pas une collection de valeurs.

Le Christ.

Tout doit commencer et finir en lui.


28. Première application pratique : revenir à la prière

Si nous voulons sortir d’une religion purement naturelle, nous devons retrouver la prière.

Pas seulement lire sur Dieu.

Parler avec Dieu.

Pas seulement publier des citations spirituelles.

S’agenouiller.

Pas seulement écouter des podcasts religieux.

Devenir silencieux.

La prière nous rappelle quelque chose d’essentiel :

je ne suis pas Dieu.

J’ai besoin de recevoir.

J’ai besoin de demander.

J’ai besoin de rendre grâce.

J’ai besoin d’adorer.

J’ai besoin de me repentir.


29. Deuxième application : retrouver la Confession

La Confession est l’une des grandes réponses au christianisme naturalisé.

Pourquoi ?

Parce que nous y reconnaissons quelque chose que la culture moderne cherche à éliminer :

nous avons péché.

Mais nous reconnaissons également quelque chose de beaucoup plus beau :

Dieu peut nous pardonner.

La Confession détruit deux erreurs.

La première :

« Je suis parfait. »

La seconde :

« Je suis désespérément coupable. »

Le christianisme enseigne :

tu es pécheur, mais la miséricorde de Dieu est plus grande que ton péché si tu te repens.


30. Troisième application : revenir à l’Eucharistie

L’Eucharistie nous rappelle que la vie chrétienne ne consiste pas à produire nous-mêmes notre propre salut.

Nous recevons d’abord.

Puis nous donnons.

D’abord, le Christ se donne.

Ensuite, nous apprenons à nous donner.

D’abord, nous recevons la grâce.

Ensuite, nous pouvons porter des fruits.

C’est pourquoi la Messe ne doit pas être considérée simplement comme une obligation hebdomadaire.

Elle est le centre de la vie chrétienne.


31. Quatrième application : retrouver la doctrine

Le christianisme naturalisé prospère là où existe l’ignorance religieuse.

Lorsqu’un catholique ne connaît pas sa foi, il remplace facilement le christianisme par ses propres opinions.

C’est pourquoi nous devons de toute urgence retrouver :

  • le Catéchisme ;
  • l’Écriture Sainte ;
  • la Tradition ;
  • les Pères de l’Église ;
  • la théologie ;
  • la vie des saints ;
  • les documents du Magistère.

Non pour devenir des spécialistes incapables d’aimer.

Mais pour que notre foi ait des racines.

Une foi sans formation finit facilement par devenir du sentimentalisme.


32. Cinquième application : retrouver le sens du sacrifice

Nous vivons dans une culture qui cherche à éliminer tout inconfort.

Mais le christianisme possède un autre mot :

le sacrifice.

Jeûne.

Pénitence.

Mortification.

Renoncement.

Silence.

Discipline.

Générosité.

Service.

Tout cela éduque le cœur.

Car celui qui n’apprend jamais à se dire « non » aura énormément de difficulté à dire « oui » à Dieu.

La liberté chrétienne ne signifie pas obéir à tous nos désirs.

Elle signifie être libre de choisir le bien.


33. Sixième application : apprendre à vivre à contre-courant

Le chrétien n’a pas besoin de rechercher constamment le conflit.

Mais il ne doit pas non plus avoir peur de vivre selon l’Évangile lorsque celui-ci contredit les tendances dominantes.

Si la culture dit :

« Tout désir doit être satisfait »,

le chrétien répond :

tout désir n’est pas bon.

Si elle dit :

« La vérité dépend de chaque individu »,

il répond :

la vérité existe.

Si elle dit :

« La religion est une opinion privée »,

il répond :

Dieu est réel.

Si elle dit :

« La mort est la fin »,

il répond :

le Christ est ressuscité.

Si elle dit :

« L’homme se sauve lui-même »,

il répond :

nous avons besoin d’un Sauveur.


34. Le danger de transformer le christianisme en idéologie

Il existe également un danger chez ceux qui veulent combattre le christianisme naturalisé.

Nous pouvons passer de l’extrême d’un christianisme sans doctrine à l’extrême d’une doctrine sans vie.

Nous pouvons parler constamment de tradition, de liturgie, de morale, de politique et de culture et oublier la charité.

Nous pouvons défendre correctement une vérité tout en le faisant avec un cœur incapable d’aimer.

Nous pouvons gagner des débats et perdre des âmes.

Ce serait une autre forme de naturalisation : transformer la foi en identité culturelle ou idéologique.

La véritable tradition catholique n’est pas une idéologie.

Elle est la transmission vivante de la foi apostolique reçue du Christ et des Apôtres.

Et son centre demeure le Christ.


35. La tradition ne signifie pas nostalgie

Ce point est particulièrement important.

La véritable tradition ne consiste pas simplement à conserver des formes du passé.

La Tradition signifie recevoir et transmettre ce que l’Église a reçu du Christ et des Apôtres.

La liturgie catholique traditionnelle peut puissamment contribuer à retrouver le sens du sacré.

La musique sacrée peut élever l’âme.

Le silence peut enseigner l’adoration.

Le latin peut rappeler l’universalité de l’Église.

L’architecture sacrée peut catéchiser.

Mais aucune forme extérieure ne peut remplacer la conversion intérieure.

La liturgie doit nous conduire au Christ.

La Tradition doit nous conduire au Christ.

La doctrine doit nous conduire au Christ.

La dévotion doit nous conduire au Christ.


36. Le christianisme surnaturel restaure la véritable grandeur de l’homme

Paradoxalement, plus le christianisme est surnaturel, plus il dignifie profondément l’homme.

Parce qu’il ne dit pas :

« Tu es simplement un animal intelligent. »

Il dit :

tu as été créé pour Dieu.

Il ne dit pas :

« Ta vie s’achève dans la tombe. »

Il dit :

tu es appelé à la résurrection.

Il ne dit pas :

« Tes péchés te définissent pour toujours. »

Il dit :

tu peux être pardonné.

Il ne dit pas :

« Tu dois te sauver par tes propres forces. »

Il dit :

Dieu t’offre sa grâce.

Il ne dit pas :

« Ta souffrance est dépourvue de sens. »

Il dit :

elle peut être unie à la Croix du Christ.

Il ne dit pas :

« Tu es seul. »

Il dit :

le Christ est avec toi.


37. Le christianisme ne promet pas simplement une vie meilleure : il promet une vie nouvelle

C’est peut-être le meilleur résumé.

Le christianisme n’est pas simplement une méthode pour améliorer la vie.

Il est l’annonce d’une vie nouvelle.

Saint Paul l’exprime magnifiquement :

« Si quelqu’un est dans le Christ, il est une créature nouvelle » (2 Co 5,17).

Une création nouvelle.

Pas simplement une personne légèrement meilleure.

Pas une version optimisée de nous-mêmes.

Une existence renouvelée par la grâce.

Cela explique pourquoi les saints pouvaient vivre d’une manière qui semblait incompréhensible au monde.

Ils n’étaient pas simplement des personnes extraordinairement disciplinées.

Ils étaient des hommes et des femmes transformés par Dieu.


38. Le véritable christianisme commence là où l’homme autosuffisant s’arrête

L’homme moderne veut le contrôle.

Le contrôle de son corps.

Le contrôle de son avenir.

Le contrôle de son image.

Le contrôle de sa réputation.

Le contrôle de son environnement.

Le contrôle même de son identité.

Mais l’Évangile commence lorsque l’homme découvre qu’il ne peut pas se sauver lui-même.

Et alors il entend une nouvelle extraordinaire :

Dieu est venu le chercher.

Nous n’avons pas à monter vers Dieu par nos propres forces.

Dieu est descendu vers nous.

Le christianisme commence à Bethléem.

Il se poursuit à Nazareth.

Il passe par le Calvaire.

Il triomphe dans la Résurrection.

Il se répand à la Pentecôte.

Et il continue sacramentellement dans l’Église.

Ce n’est pas une philosophie inventée par l’homme.

C’est l’histoire du salut.


39. Une question pour notre époque : que resterait-il si nous retirions le Christ ?

Nous pouvons faire un exercice très simple.

Imaginez que demain toutes les références aux éléments suivants disparaissent du discours chrétien :

  • Dieu ;
  • le Christ ;
  • le péché ;
  • la grâce ;
  • la Croix ;
  • la Résurrection ;
  • les sacrements ;
  • l’Église ;
  • la prière ;
  • la conversion ;
  • la vie éternelle.

Et que nous ne conservions que :

  • la solidarité ;
  • la justice ;
  • l’égalité ;
  • la fraternité ;
  • la paix ;
  • la dignité ;
  • la tolérance ;
  • l’aide à ceux qui sont dans le besoin.

Aurions-nous encore le christianisme ?

La réponse est claire :

pas au sens plénier du terme.

Nous aurions des valeurs compatibles avec le christianisme.

Mais nous aurions perdu ce qui fait de ces valeurs les fruits de la vie surnaturelle.


40. Le chrétien de demain devra retrouver le mot « surnaturel »

L’un des grands défis évangélisateurs des prochaines décennies sera peut-être précisément de retrouver un mot que nous avons cessé d’utiliser :

surnaturel.

Car si le surnaturel n’existe pas, alors la prière n’est qu’une introspection.

La Messe n’est qu’une réunion.

La Confession n’est que de la psychologie.

L’Eucharistie n’est qu’un symbole.

La grâce n’est qu’une métaphore.

Les miracles ne sont que de vieilles histoires.

La Résurrection n’est qu’une image.

Les saints ne sont que des exemples moraux.

Le ciel n’est qu’un espoir poétique.

Mais si Dieu existe et si le Christ est ressuscité, alors tout change.

La religion cesse d’être une construction humaine.

Et elle devient une rencontre avec la réalité la plus profonde qui existe :

Dieu lui-même.


41. Le véritable christianisme est radicalement surnaturel et radicalement humain

Voici la synthèse finale.

Nous n’avons pas à choisir entre l’humanité et le surnaturel.

Le Christ lui-même est la réponse.

Le Fils de Dieu a assumé une nature humaine.

La grâce n’a pas détruit l’humanité du Christ.

Elle l’a conduite à sa plénitude.

De même, la grâce ne détruit pas l’homme.

Elle le restaure.

Elle l’élève.

Elle le sanctifie.

Elle le divinise par participation.

C’est pourquoi le véritable christianisme est profondément humain précisément parce qu’il est profondément surnaturel.

Il aime l’homme parce qu’il aime Dieu.

Il sert l’homme parce qu’il reconnaît en lui l’image de Dieu.

Il défend la vérité parce que le Christ est la Vérité.

Il protège la vie parce que la vie vient de Dieu.

Il aime l’ennemi parce que le Christ est mort pour les pécheurs.

Il pardonne parce qu’il a fait l’expérience du pardon.

Il espère parce que le Christ a vaincu la mort.


42. Conclusion : nous n’avons pas besoin d’un christianisme plus naturel, mais d’un retour à la source surnaturelle

Peut-être que le problème de notre époque n’est pas qu’il y ait trop de christianisme.

Peut-être que le problème est que, dans de nombreux milieux, nous avons essayé de faire du christianisme quelque chose que le monde puisse accepter sans avoir besoin de se convertir.

Nous avons réduit l’Évangile à des valeurs.

Jésus, à un maître.

L’Église, à une institution.

La liturgie, à une célébration.

Les sacrements, à des symboles.

La morale, à des règles.

La charité, à la solidarité.

La prière, au bien-être.

La foi, à une identité culturelle.

Et alors le christianisme cesse de scandaliser.

Mais il cesse également de sauver.

Car l’Évangile n’a pas été proclamé pour que le monde dise :

« Quelles merveilleuses valeurs ! »

Il a été proclamé pour que l’homme puisse dire :

« Seigneur, sauve-moi. »

Le christianisme ne proclame pas simplement que nous devons devenir meilleurs.

Il proclame que Dieu nous offre sa grâce.

Il ne proclame pas simplement que nous devons aimer.

Il proclame que Dieu nous a aimés le premier.

Il ne proclame pas simplement que nous devons pardonner.

Il proclame que le Christ est mort pour nos péchés.

Il ne proclame pas simplement que nous devons avoir de l’espérance.

Il proclame que le Christ a vaincu la mort.

Il ne proclame pas simplement une nouvelle éthique.

Il proclame une nouvelle création.

Par conséquent, face à toute tentative de réduire le christianisme à une éthique humaine, l’Église doit proclamer une fois encore de toutes ses forces ce qui constitue le cœur de son existence :

Le Christ est vrai Dieu et vrai homme.

Le Christ est mort pour nos péchés.

Le Christ est ressuscité.

Le Christ est réellement présent dans l’Eucharistie.

Le Christ pardonne les péchés.

Le Christ communique sa grâce.

Le Christ nous appelle à la conversion.

Le Christ a fondé son Église.

Le Christ reviendra.

Le Christ est le commencement et la fin.

Et alors nous comprenons la véritable différence entre une religion naturalisée et le christianisme.

Une religion naturalisée dit :

« Fais le bien et sois une bonne personne. »

L’Évangile dit :

« Viens au Christ, reçois sa grâce, convertis-toi, suis-le et laisse-le transformer ta vie. »

Une religion naturalisée peut produire des personnes admirables.

Mais seule la grâce peut produire des saints.

Et l’Église n’existe pas simplement pour fabriquer de bons citoyens.

Elle existe pour conduire les hommes au Christ.

Parce qu’au terme de toutes nos œuvres, de toutes nos vertus, de tous nos projets, de toutes nos discussions et de toutes nos réalisations humaines, il reste une seule question véritablement décisive :

Avons-nous connu le Christ ?

Et plus encore :

Avons-nous permis au Christ de vivre en nous ?

C’est là que commence le véritable christianisme.

Non dans la simple morale.

Non dans l’idéologie.

Non dans la culture.

Non dans le sentimentalisme.

Non dans une collection de valeurs.

Dans le Christ.

Parce que le christianisme n’est pas simplement une manière de vivre.

C’est la vie du Christ communiquée à l’homme par la grâce.

Et donc, face à toute tentative de le réduire à une éthique humaine, l’Église doit recommencer à proclamer de toutes ses forces ce qui constitue le cœur de son existence :

« Je suis venu pour qu’ils aient la vie, et qu’ils l’aient en abondance » (Jn 10,10).

À propos catholicus

Pater noster, qui es in cælis: sanc­ti­ficétur nomen tuum; advéniat regnum tuum; fiat volúntas tua, sicut in cælo, et in terra. Panem nostrum cotidiánum da nobis hódie; et dimítte nobis débita nostra, sicut et nos dimíttimus debitóribus nostris; et ne nos indúcas in ten­ta­tiónem; sed líbera nos a malo. Amen.

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