Un regard profond et actuel sur le dixième article du Credo
« Je crois au pardon des péchés. »
Peu de phrases du Credo sont aussi brèves et, en même temps, aussi révolutionnaires. En quelques mots seulement, le christianisme annonce quelque chose qu’aucune philosophie humaine n’avait pu offrir pleinement : l’homme peut véritablement être pardonné.
Il ne s’agit pas simplement de « se sentir mieux », d’oublier les erreurs du passé ou d’apprendre à vivre avec ses blessures. Le Credo affirme quelque chose de bien plus grand : Dieu a le pouvoir d’effacer le péché et Il a voulu confier ce pouvoir à son Église.
Nous vivons une époque étrange concernant le péché. D’un côté, beaucoup en nient l’existence. Tout semble réduit à des erreurs psychologiques, des conditionnements sociaux ou des décisions personnelles sans conséquences éternelles. Mais d’un autre côté, jamais il n’y a eu autant de culpabilité, d’anxiété, de vide intérieur et de besoin de rédemption. L’homme moderne essaie de se libérer du poids moral, mais il continue à se sentir accusé intérieurement.
La raison est simple : le cœur humain sait qu’il a été créé pour la vérité et pour le bien. Et lorsqu’il se détourne de Dieu, quelque chose en lui se brise.
C’est pourquoi le dixième article du Credo n’est pas une formule ancienne sans pertinence actuelle. C’est l’un des messages les plus porteurs d’espérance qui existent. Le christianisme proclame qu’aucun péché n’a le dernier mot lorsque l’homme s’approche de la miséricorde de Dieu avec un repentir sincère.
Que nous enseigne le dixième article du Credo ?
Le catéchisme traditionnel enseigne :
« Le dixième article du Credo nous enseigne que Jésus-Christ a laissé à son Église le pouvoir de pardonner les péchés. »
Nous trouvons ici une vérité centrale de la foi catholique : le Christ n’a pas voulu que le pardon reste une idée abstraite ou une expérience purement intérieure. Il a voulu qu’il soit visible, concret, sacramentel et accessible.
Le pardon chrétien ne dépend pas des états émotionnels. Ni d’une simple autosuggestion. Il dépend de l’action réelle du Christ ressuscité agissant dans son Église.
Lorsque Notre-Seigneur apparut aux Apôtres après la Résurrection, Il prononça des paroles étonnantes :
« Recevez l’Esprit Saint. Ceux à qui vous remettrez les péchés, ils leur seront remis ; ceux à qui vous les retiendrez, ils leur seront retenus » (Jn 20,22-23).
Ce moment est fondamental. Le Christ ressuscité remet à l’Église une autorité divine : réconcilier les pécheurs avec Dieu.
Ce n’est pas une invention médiévale. Ce n’est pas une structure de pouvoir créée par des hommes. C’est la volonté explicite de Jésus-Christ.
Le drame du péché : un mot oublié
Pour comprendre le pardon, nous devons d’abord comprendre ce qu’est le péché.
Et ici apparaît l’un des grands problèmes spirituels de notre époque : nous avons perdu le sens du péché.
Beaucoup ne distinguent plus objectivement le bien du mal. Tout semble relatif. Ce qui compte, c’est « être authentique », « suivre son cœur » ou « vivre sa propre vérité ».
Cependant, lorsque le sens du péché disparaît, le sens de la grâce disparaît aussi.
Car l’Évangile n’a de sens que s’il existe quelque chose dont nous devons être sauvés.
Le péché n’est pas simplement la transgression d’une règle religieuse. C’est le rejet de l’amour de Dieu. C’est placer sa propre volonté au-dessus de celle du Créateur. C’est une blessure profonde dans l’âme.
Saint Augustin définissait le péché comme l’amour désordonné de soi jusqu’au mépris de Dieu.
Et cette réalité produit des conséquences concrètes :
- elle obscurcit l’intelligence ;
- affaiblit la volonté ;
- réduit l’homme en esclavage ;
- brise les relations ;
- détruit la paix intérieure ;
- refroidit la vie spirituelle ;
- et, s’il est mortel et non repenti, sépare éternellement de Dieu.
C’est pourquoi le pardon des péchés n’est pas un « supplément » du christianisme. Il est le centre même de la Rédemption.
Le Christ est venu précisément pour sauver les pécheurs.
Le Christ : l’Agneau qui enlève le péché du monde
Toute l’histoire du salut conduit vers ce mystère.
Dans l’Ancien Testament, nous trouvons des sacrifices, des purifications et des rites pénitentiels qui préparent la venue du véritable Rédempteur.
Lorsque saint Jean-Baptiste voit Jésus, il s’écrie :
« Voici l’Agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde » (Jn 1,29).
La mission du Christ est d’enlever le péché.
Non pas simplement de l’ignorer.
Non pas de le relativiser.
Non pas de le justifier.
Mais de le détruire par le sacrifice de la Croix.
Au Calvaire se produit le grand acte de réconciliation entre Dieu et l’humanité. Jésus-Christ porte sur Lui le poids du péché humain et ouvre de nouveau les portes de la grâce.
La Croix montre deux choses en même temps :
- la terrible gravité du péché ;
- et l’immensité infinie de la miséricorde divine.
Aucun homme ne peut contempler sérieusement le Crucifié et continuer à penser que le péché « n’est pas si grave ».
Mais personne ne peut non plus désespérer, car le même Crucifié prie :
« Père, pardonne-leur. »
L’Église peut-elle pardonner toutes sortes de péchés ?
Le catéchisme répond :
« Oui ; l’Église peut pardonner tous les péchés, si nombreux et si graves soient-ils, parce que Jésus-Christ lui a donné la pleine puissance de lier et de délier. »
Cette affirmation est immensément consolante.
Il n’existe aucun péché plus grand que la miséricorde de Dieu.
L’histoire de l’Église est remplie de saints qui furent autrefois de grands pécheurs :
- saint Pierre renia le Christ trois fois ;
- saint Paul persécuta les chrétiens ;
- saint Augustin mena une vie désordonnée ;
- sainte Marie-Madeleine fut libérée de graves péchés ;
- saint Camille de Lellis eut une jeunesse turbulente ;
- saint Ignace de Loyola vécut obsédé par la vanité mondaine.
Et pourtant, tous furent transformés par la grâce.
La miséricorde divine n’a pas de limites pour celui qui se repent sincèrement.
Cela est particulièrement important aujourd’hui, car nous vivons dans une époque marquée par le désespoir spirituel. Beaucoup de personnes pensent qu’il n’y a plus de solution pour elles. Elles se disent :
- « Dieu ne peut pas me pardonner. »
- « Je suis allé trop loin. »
- « Ma vie est détruite. »
- « Je retombe toujours. »
- « Je ne suis pas digne de revenir. »
Mais c’est précisément pour ces cœurs-là que le Christ est venu.
Le démon essaie de convaincre l’homme de deux erreurs opposées :
- que le péché n’a pas d’importance ;
- ou que le péché ne peut plus être pardonné.
Les deux sont des mensonges.
Le pouvoir de « lier et délier »
Jésus a donné aux Apôtres le pouvoir de « lier et délier », expression juridique utilisée dans le monde juif pour indiquer une véritable autorité.
À saint Pierre, Il dit :
« Je te donnerai les clés du Royaume des cieux » (Mt 16,19).
Les clés symbolisent l’autorité.
C’est pourquoi le pardon sacramentel n’est pas simplement un conseil spirituel ou une prière communautaire. C’est un acte à la fois judiciaire et médicinal.
Le prêtre agit in persona Christi, c’est-à-dire au nom du Christ.
Lorsque le pénitent entend :
« Je t’absous de tes péchés… »
c’est le Christ Lui-même qui pardonne.
Ce point est profondément catholique et profondément beau.
Dieu sait que l’homme a besoin de signes visibles. Il a besoin d’entendre. Il a besoin de certitude. Il a besoin d’expérimenter concrètement la réconciliation.
C’est pourquoi le Christ a institué les sacrements.
Qui exerce cette autorité dans l’Église ?
Le catéchisme enseigne :
« Ceux qui, dans l’Église, exercent le pouvoir de pardonner les péchés sont d’abord le Pape, qui seul possède la plénitude de ce pouvoir ; ensuite les Évêques et, sous leur dépendance, les prêtres. »
Ici apparaît la structure hiérarchique voulue par le Christ.
Le pouvoir d’absoudre ne vient pas du prêtre comme individu. Ce n’est pas quelque chose de personnel. Il vient du Christ et est transmis sacramentellement par le sacrement de l’Ordre.
Cela protège l’Église contre l’arbitraire.
Le prêtre n’« invente » pas le pardon.
Il est l’instrument d’une autorité divine qui le dépasse.
C’est pourquoi le prêtre doit être :
- fidèle à la doctrine ;
- prudent ;
- miséricordieux ;
- discret ;
- ferme face au péché ;
- et rempli de charité envers le pénitent.
La tradition catholique a toujours considéré le confessionnal comme l’un des lieux les plus saints de la terre.
Là se livrent de véritables batailles spirituelles.
Là meurent les péchés.
Là les âmes ressuscitent.
Là commencent les conversions.
Le Baptême et la Pénitence
Le catéchisme poursuit :
« L’Église pardonne les péchés par les mérites de Jésus-Christ, en conférant les sacrements institués par Lui à cette fin, principalement le Baptême et la Pénitence. »
Le Baptême : le premier grand pardon
Le Baptême efface :
- le péché originel ;
- tous les péchés personnels ;
- toute peine due au péché.
C’est pourquoi les premiers chrétiens appelaient le Baptême « illumination » et « nouvelle naissance ».
L’homme en sort spirituellement renouvelé.
Mais après le Baptême demeure la fragilité humaine. Le chrétien peut retomber.
Et c’est alors qu’apparaît l’immense don de la Confession.
La Pénitence : l’étreinte du Père
Le sacrement de la Pénitence est l’un des plus grands trésors de l’Église catholique.
Il s’y produit quelque chose d’extraordinaire :
- le pécheur reconnaît sa faute ;
- se repent ;
- confesse ses péchés ;
- reçoit l’absolution ;
- et retrouve l’amitié de Dieu.
La parabole du fils prodigue résume parfaitement ce mystère.
Le fils s’éloigne.
Dilapide son héritage.
Tombe dans la misère.
Mais lorsqu’il revient repentant, le père court l’embrasser.
Ce père, c’est Dieu.
La Confession n’est pas un tribunal d’humiliation, mais un tribunal de miséricorde.
Oui, elle exige l’humilité.
Oui, elle exige un véritable repentir.
Oui, elle exige un ferme propos d’amendement.
Mais c’est précisément là que commence la véritable liberté.
La crise actuelle de la confession
L’un des drames spirituels les plus graves de notre époque est l’abandon du sacrement de Pénitence.
Beaucoup de catholiques passent des années sans se confesser.
Certains par ignorance.
D’autres par honte.
D’autres parce qu’ils ont perdu le sens du péché.
Et d’autres parce qu’ils pensent qu’il suffit de « parler directement à Dieu ».
Bien sûr, nous devons prier Dieu directement chaque jour. Mais le Christ a également voulu un moyen sacramentel concret pour nous réconcilier pleinement.
La confession fréquente était une pratique constante chez les saints.
Pourquoi ?
Parce qu’ils comprenaient quelque chose que le monde moderne a oublié : le péché affaiblit l’âme même lorsqu’il paraît petit.
Aujourd’hui, il existe une tendance à réduire le christianisme à des valeurs génériques de bonté ou de solidarité. Mais l’Évangile parle de conversion réelle.
Il ne suffit pas simplement d’« être une bonne personne ».
Le chrétien est appelé à lutter contre le péché et à rechercher la sainteté.
La peur de se confesser
Beaucoup de personnes ressentent de la peur avant de se confesser.
C’est une peur profondément humaine.
Parfois à cause de la honte.
Parfois parce que de nombreuses années ont passé.
Parfois parce qu’elles ne savent pas comment faire.
Mais presque tous ceux qui reviennent à la confession après longtemps expérimentent la même chose : une immense paix.
Le démon fait beaucoup de bruit avant la confession et beaucoup de silence après.
La grâce sacramentelle produit une véritable libération intérieure.
C’est pourquoi tant de saints recommandaient la confession fréquente.
Saint Padre Pio passait des heures entières à confesser.
Saint Jean-Marie Vianney transforma Ars depuis le confessionnal.
Saint Léopold Mandic consacra sa vie à réconcilier les âmes.
Tous comprenaient que le pardon des péchés est une œuvre divine capable de renouveler le monde.
La miséricorde ne signifie pas relativisme
Il convient ici de préciser quelque chose de très important.
Parler de miséricorde ne signifie pas nier l’existence du péché.
La véritable miséricorde ne justifie pas le mal : elle le guérit.
Le Christ pardonna à la femme adultère, mais Il lui dit aussi :
« Va, et désormais ne pèche plus. »
Aujourd’hui, il existe un risque de transformer la miséricorde en permissivité.
Mais l’amour authentique appelle toujours à la conversion.
L’Église ne peut pas changer la vérité morale révélée par Dieu. Elle peut accompagner le pécheur, l’aider, le soutenir et lui pardonner, mais elle ne peut jamais appeler le mal un bien.
Précisément parce qu’elle aime l’homme, l’Église proclame la vérité.
Le pardon transforme la société
Le dixième article du Credo n’a pas seulement des conséquences spirituelles individuelles. Il a aussi d’immenses conséquences sociales.
Une société incapable de pardonner finit par se détruire.
Nous vivons une époque marquée par :
- la culture de l’annulation ;
- le ressentiment permanent ;
- l’exposition publique des erreurs ;
- le manque de réconciliation ;
- et l’incapacité de recommencer.
Le christianisme introduit quelque chose de révolutionnaire : la possibilité de la rédemption.
Personne n’est réduit pour toujours à son pire péché s’il se repent sincèrement.
Cela ne supprime pas les conséquences humaines des actes, mais cela ouvre la porte à une restauration morale et spirituelle.
Sans pardon, le monde devient inhabitable.
Le pardon exige aussi de pardonner
Il existe un autre aspect essentiel : celui qui reçoit le pardon de Dieu est appelé à pardonner aux autres.
Le Notre Père le dit clairement :
« Pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés… »
Le chrétien ne peut pas vivre enraciné dans la haine.
Cela ne signifie pas nier la justice ni prétendre que le mal n’a jamais existé. Cela ne signifie pas non plus accepter les abus ou les relations destructrices.
Mais cela signifie renoncer au ressentiment comme mode de vie permanent.
Le cœur qui fait l’expérience de la miséricorde divine commence lentement à apprendre la miséricorde envers les autres.
Le confessionnal : un lieu d’espérance au XXIe siècle
Dans une culture hyperconnectée, accélérée et profondément blessée, le confessionnal demeure l’un des lieux les plus contre-culturels du monde.
Là, le succès social n’a aucune importance.
L’image numérique n’a aucune importance.
L’apparence n’a aucune importance.
Seule compte la vérité de l’âme devant Dieu.
Et c’est précisément pour cela qu’il demeure si puissant.
Dans un monde où beaucoup crient et où peu écoutent, le confessionnal continue d’être un lieu de silence, de vérité et de miséricorde.
« Je crois au pardon des péchés »
Chaque fois que nous récitons le Credo, nous proclamons cette vérité.
Non comme une idée abstraite.
Mais comme une réalité vivante.
Nous croyons que :
- le Christ a vaincu le péché ;
- l’Église a reçu l’autorité de pardonner ;
- aucun pécheur repentant n’est perdu ;
- et que la miséricorde de Dieu continue d’agir aujourd’hui.
Le dixième article du Credo est, au fond, une déclaration d’espérance.
Car tant que le pardon reste possible, la sainteté reste possible.
Tant que la miséricorde existe, personne n’est définitivement vaincu.
Et tant que le Christ continue d’attendre dans le sacrement de Pénitence, le monde ne sera jamais complètement perdu.