Il existe des textes qui éclairent. Il existe des textes qui corrigent. Et il existe des textes qui bouleversent l’histoire elle-même.
La Lettre aux Romains appartient à cette dernière catégorie.
C’est l’écrit le plus profond, le plus systématique et le plus dense théologiquement de Saint Paul. Ce n’est pas simplement une autre lettre du Nouveau Testament. C’est le grand traité sur la grâce, le péché, la justification et le salut. C’est le cœur doctrinal du christianisme.
Et ce qui est le plus frappant, c’est qu’elle n’a pas été écrite pour des théologiens de laboratoire, mais pour une communauté concrète, réelle, fragile et divisée : l’Église de Rome.
Aujourd’hui, dans un monde confus quant à la vérité, à la morale et au sens de la vie, la Lettre aux Romains est plus actuelle que jamais.
1. Le contexte historique : Rome, centre du monde… et du christianisme naissant
Lorsque Paul écrit aux chrétiens de Rome (vers les années 57–58 apr. J.-C.), il n’a pas encore visité la ville. Rome est le centre politique et culturel de l’Empire. Peuples, religions, philosophies et pouvoir y convergent.
La communauté chrétienne romaine était composée de :
- Juifs convertis.
- Païens convertis.
- Personnes aux mentalités très différentes.
- Tensions internes concernant la Loi mosaïque et les coutumes.
Paul écrit afin de :
- Préparer sa future visite.
- Unifier doctrinalement la communauté.
- Exposer clairement l’Évangile qu’il prêche.
- Défendre l’universalité du salut.
Il n’écrit pas de manière improvisée. C’est son œuvre la plus mûre, sa synthèse théologique.
2. Le problème central : le péché universel
Paul commence par une affirmation radicale : tous ont besoin du salut.
« Il n’y a pas de juste, pas même un seul » (Romains 3,10).
Pour Paul, le drame humain n’est pas d’abord politique ou économique. Il est spirituel. C’est le péché.
Depuis Adam, l’humanité est blessée. Il ne s’agit pas seulement d’actes isolés, mais d’une condition : une inclination intérieure au désordre.
Que signifie cela aujourd’hui ?
Nous vivons dans une culture qui nie le péché ou le redéfinit comme une « erreur psychologique » ou un « conditionnement social ». Mais Paul nous rappelle :
- Le mal n’est pas seulement extérieur.
- Le mal traverse le cœur humain.
- Nous avons besoin de rédemption, pas seulement d’éducation.
Cette vérité n’est pas pessimiste. Elle est libératrice. Car si nous reconnaissons la blessure, nous pouvons accepter le remède.
3. La justification : le cœur de l’Évangile
Nous entrons ici dans le noyau de Romains.
« Le juste vivra par la foi » (Romains 1,17).
La justification n’est pas simplement « être pardonné ». C’est être rendu juste par la grâce de Dieu.
Paul enseigne que :
- Nous ne sommes pas sauvés par nos œuvres.
- Nous n’accumulons pas des mérites humains pour acheter le ciel.
- Le salut est un don gratuit.
Mais attention : la foi n’est pas une idée vague ni une émotion religieuse. C’est une adhésion totale à Jésus-Christ.
C’est une confiance obéissante.
Du point de vue de la théologie catholique traditionnelle, la justification n’est pas seulement une déclaration extérieure, mais une transformation intérieure. La grâce nous change réellement. Elle ne se contente pas de nous « considérer » justes ; elle nous rend justes.
4. Le Christ, Nouvel Adam : la restauration de l’humanité
Paul établit un parallèle profond :
- Par un homme (Adam), le péché est entré.
- Par un homme (le Christ), la grâce est venue.
Le Christ est le Nouvel Adam. Là où le premier a désobéi, le second a obéi jusqu’à la mort sur la Croix.
Cet enseignement est essentiel pour comprendre :
- Le mystère de l’Incarnation.
- La valeur rédemptrice de la souffrance.
- La centralité du sacrifice de la Croix.
Le salut n’est pas une théorie. C’est un événement historique.
5. La vie dans l’Esprit : la véritable liberté
Romains 8 est l’un des chapitres les plus sublimes de toute l’Écriture.
« Il n’y a donc maintenant aucune condamnation pour ceux qui sont dans le Christ Jésus » (Romains 8,1).
Ici, Paul explique la vie dans l’Esprit.
Nous ne sommes pas appelés seulement à éviter le péché. Nous sommes appelés à vivre comme des fils :
- Fils adoptifs.
- Héritiers avec le Christ.
- Conduits par l’Esprit Saint.
Dans un monde qui identifie la liberté au fait de « faire ce qui me plaît », Paul redéfinit la liberté :
La véritable liberté est la capacité de faire le bien.
L’esclavage n’est pas l’obéissance à Dieu. L’esclavage, c’est être dominé par ses passions.
6. Le combat intérieur : un réalisme pastoral impressionnant
L’un des passages les plus humains de Paul se trouve en Romains 7 :
« Je ne fais pas le bien que je veux, mais je fais le mal que je ne veux pas. »
Qui ne s’y reconnaît pas ?
- Je veux prier… mais je me distrais.
- Je veux être patient… mais j’explose.
- Je veux pardonner… mais je garde de l’amertume.
Paul n’idéalise pas la vie chrétienne. Il reconnaît la bataille intérieure.
Mais il ne termine pas dans le drame. Il termine dans la grâce.
La solution n’est pas une force de volonté isolée. C’est la dépendance au Christ.
7. Israël, l’élection et le mystère de la fidélité divine
Aux chapitres 9–11, Paul aborde une question délicate : qu’en est-il d’Israël si beaucoup n’ont pas accepté le Christ ?
Ici, il montre quelque chose d’essentiel pour notre foi :
- Dieu ne rompt pas ses promesses.
- L’histoire du salut est organique.
- L’Église ne remplace pas, elle accomplit.
D’un point de vue théologique profond, ces chapitres révèlent la souveraineté divine et le mystère du plan salvifique universel.
8. La morale chrétienne : la foi devient vie
La seconde partie de Romains est éminemment pratique.
« Ne vous conformez pas au siècle présent, mais soyez transformés par le renouvellement de l’intelligence » (Romains 12,2).
Paul traduit la théologie en vie concrète :
- Aimer sans hypocrisie.
- Bénir ceux qui persécutent.
- Vaincre le mal par le bien.
- Respecter l’autorité légitime.
- Vivre la charité fraternelle.
Il n’y a pas de séparation entre doctrine et morale. La foi véritable transforme les habitudes, les relations, l’économie, la politique, la sexualité et la famille.
9. Applications pratiques pour aujourd’hui
Comment appliquer Romains en 2026 ?
1. Reconnaître le besoin de la grâce
Cesser de compter uniquement sur nos propres forces. Revenir au sacrement de la confession.
2. Redécouvrir la centralité du Christ
Non pas une spiritualité générique, mais une relation vivante avec Jésus-Christ.
3. Vivre selon l’Esprit
Pratiquer :
- La prière quotidienne.
- L’examen de conscience.
- Une mortification concrète.
- Les œuvres de miséricorde.
4. Renouveler l’intelligence
Une formation doctrinale solide. L’étude du Catéchisme. Une lecture méditée de Romains.
5. Aimer au milieu de la persécution culturelle
Le chrétien ne répond pas par l’agressivité, mais par la fermeté et la charité.
10. Romains et le monde actuel
Nous vivons des temps de :
- Relativisme moral.
- Confusion anthropologique.
- Individualisme radical.
- Crise d’identité.
Romains offre la clarté :
- La vérité objective existe.
- L’homme a besoin de rédemption.
- La grâce est réelle.
- Le Christ est l’unique Sauveur.
Ce n’est pas un message confortable. C’est un message vrai.
Conclusion : Es-tu prêt à te laisser transformer ?
La Lettre aux Romains n’est pas seulement un texte à étudier. C’est une invitation à une révolution intérieure.
Paul n’écrit pas pour divertir. Il écrit pour sauver.
Si aujourd’hui tu prends cette lettre et que tu la lis lentement, chapitre après chapitre, tu peux expérimenter ce que des millions ont expérimenté au long de l’histoire :
- Conversion.
- Clarté.
- Force.
- Espérance.
Car le message central demeure le même :
« Là où le péché a abondé, la grâce a surabondé » (Romains 5,20).
Et cette grâce est disponible aujourd’hui.
Non pour une élite spirituelle.
Non pour un passé idéalisé.
Mais pour toi.
La Lettre aux Romains n’appartient pas seulement au premier siècle.
Elle appartient à chaque cœur qui a besoin de rédemption.
Et ce cœur… c’est le nôtre.